S’installer au Brésil – Première partie

Cherchant des emplois ou de meilleures conditions de vie, le Brésil a connu ces dernières années un flux croissant d´expatriés, il a doublé entre 2010 et 2013. Attirés par le boom économique de ce grand pays émergent, ils viennent de tous les coins du monde à la recherche de cet Eldorado sud-américain. Bien que plutôt ouvert à l´émigration, le Brésil est mal préparé pour gérer cette demande, il en résulte que s´il est facile d´y entrer, ça ne l´est pas de s´y installer. Pourtant, le pays reste attractif, principalement pour ses voisins sud-américains et les ressortissants des pays du sud de l´Europe.

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Question : quels sont les visas à demander pour s´installer au Brésil ?

Bruno Guinard : cela dépend de sa situation car le Brésil délivre plusieurs types de visas, plus ou moins faciles à obtenir selon le cas. Les plus aisés à obtenir sont les visas temporaires, ils concernent les sportifs, artistes, chercheurs, conférenciers, journalistes, étudiants, représentants d´entreprises qui viennent pour le business, mais aussi les missionnaires religieux, et enfin les travailleurs sous contrat temporaire d´une société étrangère. Dans ce cas, le travailleur doit être rémunéré à l´étranger et n´a aucun droit au Brésil. Tous ces visas temporaires ont des durées variables selon la catégorie. Quant aux étudiants, il est bon de savoir qu´ils ne peuvent exercer aucun travail rémunéré au Brésil.

Pour s´installer définitivement, il y a les visas permanents. Là encore, il y a plusieurs possibilités pour leur obtention, comme le regroupement familial, si l´on a un parent direct au Brésil (descendant ou ascendant). Puis le visa pour investissement, il faut pour cela apporter un capital, actuellement un minimum de 150.000 dollars U$, et justifier la création d´un business au Brésil. Le visa permanent est aussi délivré aux diplomates et assimilés ainsi qu´à leur personnel (si rémunéré par le consulat ou l´ambassade), tout comme aux représentants d´organismes internationaux. Ce visa est aussi délivré aux conjoints légaux de Brésiliens, par mariage ou par « union stable ». Cette catégorie vient juste d´être reconnue pour l´obtention du visa, il faut justifier d´une vie commune avec un conjoint brésilien, et faire établir un document attestant l´union, enregistrée auprès d´un Cartorio (notaire). A noter que « l´union stable » est reconnue pour les personnes de même sexe.

Enfin, le visa de travail. Celui-ci s´obtient sur contratation par une entreprise brésilienne, ou étrangère installée au Brésil. C´est l´entreprise qui établit le contrat de travail, c´est le premier pas pour l´obtention du visa. Ce contrat peut être de deux ans, renouvelable pour deux autres années. Avec ce contrat le candidat effectue sa demande de visa permanent auprès de l´ambassade, ou du consulat du Brésil de son pays d´origine. Les démarches peuvent durer au mieux quelques semaines, au pire plusieurs mois, c´est très variable, mais il faut garder le moral, personne ne reste sans réponse.

Question : quels sont les obstacles, peut-on se voir refuser ce visa ?

BG : la demande est analysée par plusieurs services, dont la police fédérale, et surtout par le ministère du travail brésilien, qui peut refuser la délivrance d´un visa s´il considère que l´emploi à pourvoir peut être occupé par un Brésilien. C´est une démarche pour préserver l´emploi des Brésiliens en priorité, mais comme d´autre part le Brésil a d´énormes carences en main d´oeuvre qualifiée, principalement dans les domaines techniques et technologiques, la plupart des demandes sont acceptées. Par ailleurs, le visa est refusé si on a un casier judiciaire dans son pays, ou si l´on est porteur d´une maladie contagieuse ou de troubles psychiques. Enfin à ceux qui auraient enfreint les règles migratoires brésiliennes (cas de personnes ayant vécu dans le pays avec un simple visa de touriste, ce qui est enregistré dès la sortie du Brésil). Avec le visa permanent obtenu dans son pays d´origine, il faut, en arrivant au Brésil, faire la demande de la carte d´identité d´étranger auprès de la police fédérale, c´est elle qui est en charge des frontières et des étrangers. Cette carte est valable 10 ans (renouvelable) .

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Carte d´identité d´étranger.

Question : y-a t´il une règle d´or pour réussir ?

BG : oui, ne jamais essayer d´obtenir le visa permanent en venant au Brésil comme simple touriste. Pour l´obtention du visa permanent on renvoit systématiquement au pays d´origine pour effectuer les démarches auprès des services consulaires brésiliens locaux, sans exception à cette règle.

Question : et les touristes, ont-ils besoin d´un visa ?

BG : le Brésil applique la réciprocité, donc, si le ressortissant vient d´un pays qui demande lui-même des visas aux Brésiliens, il lui faudra un visa. Ce visa de touriste est valable 90 jours, et permet de séjourner dans le pays jusqu´à 180 jours par an, au maximum, mais on peut revenir tous les ans sans problème, c´est sans limite du moment qu´on ne dépasse pas les 180 jours par an.

Question : les Français, les Européens ?

BG : les Français n´ont pas besoin de visa car ils n´en demandent pas aux Brésiliens. C´est d´ailleurs le cas pour quasiment tous les pays européens. En revanche le Brésil demande des visas aux ressortissants américains et leur fait endurer les mêmes procédures qu´ils ne le font chez eux aux Brésiliens pour entrer aux Etats-Unis. Récemment, le Brésil a aussi durci les entrées pour les ressortissants espagnols, cela en réaction à de mauvais traitements et de refus d´entrer dans l´espace Schengen à des Brésiliens transitants par l´aéroport de Madrid.

Question : pour travailler, le visa permanent suffit-il ?

BG : non, le visa permanent sert à obtenir la carte d´identité d´étranger (appelée aussi de résident, ou de permanent). Avec la carte d´identité, ou le récipissé de sa demande délivrée par la police fédérale, on doit demander la Carteira de Trabalho (carte de travail) auprès du Ministério do Trabalho (ministère du travail). Cette carte de travail est indispensable à l´embauche.

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La carte de travail brésilienne

Question : et pour le visa permanent, ou de travail, y-a-t´il aussi des différences selon le pays d´origine du demandeur ?

BG : oui, tout d´abord il y a les pays du Mercosul (le marché commun du cône sud) et ceux qui ont des accords avec lui, ce sont donc tous les pays de l´Amérique du sud qui sont concernés, seuls le Guyana, le Surinam et la Guyane en sont exclus. Pour les pays signataires du Mercosul avec le Brésil (Argentine, Uruguay, Paraguay et Vénézuela), ainsi que les pays partenaires (mais non membres), Chili, Bolivie, Pérou, Equateur et Colombie, l´émigration est libre. N´importe quel ressortissant de l´un de ces pays peut venir s´installer et travailler au Brésil, il y bénéficie des mêmes droits sociaux et de la même législation du travail. Ce n´est pas pour rien que les plus gros flux migratoires vers le Brésil viennent de ces pays. Sur les dix premières nationalités à s´installer au Brésil, six sont sud-américaines, dont la Bolivie en tête des pays limitrophes, suivie du Paraguay, de l´Argentine, du Pérou, de l´Uruguay et de la Colombie. Les autres pays sont Haïti, Portugal, Bangladesh et Espagne (selon les dernières données, relevées en 2013).

En dehors du Mercosul et de ses partenaires, la libre circulation n´existe pas avec d´autres pays. Ceci dit, il y a des conditions spéciales pour certains pays, comme Haïti, pour lequel le Brésil délivre des visas « humanitaires ». Les Haïtiens sont d´ailleurs les émigrés les plus nombreux à venir au Brésil, en 2013 le pays a délivré plus de 11.000 cartes de travail à des Haïtens (contre 4.600 à des Boliviens). La permanence est également facilitée pour les Portugais, de par leurs liens historiques et linguistiques. Enfin, le Brésil accorde aussi des visas de réfugiés, même si les demandes sont peu nombreuses (au total moins de 4.000 réfugiés vivent au Brésil), cette possibilité existe.

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Question : quels sont les Européens qui émigrent le plus au Brésil et qu´y font-ils ?

BG : selon les dernières données officielles, de 2013, parmi les dix premières nationalités ayant demandées la carte de travail au Brésil, se trouvent deux nationalités européennes, Portugaise (2.389 cartes de travail) et Espagnole (1.076 cartes). Ensuite, à la 11ème place on trouve les Italiens (901 cartes), puis les Français en 13ème position (616 cartes), et enfin les Allemands en 18ème (303 cartes). Les autres nationalités européennes, avec moins de 100 cartes délivrées sont peu représentatives. Quant aux activités exercées par ces Européens, c´est évidemment très variable. Mais comme il s´agit de cartes de travail obtenues suite à la délivrance de visas permanents, la grande majorité de ces émigrés sont venus sous contrats de travail et dans les secteurs technologiques, là où le pays a le plus de carence. Les secteurs pétroliers, de l´ingénierie en général, que ce soit chimique, technique, atomique, aéronautique, etc, sont les plus demandeurs.

D´autre part, une autre partie de ces émigrés européens ont demandé la carte de travail suite à une installation dans le pays pour des motifs autres que le contrat de travail avec une entreprise. C´est le cas des mariages avec des ressortissants brésiliens, ou du regroupement familial, ou encore les autres motifs cités plus haut.

Question : et pour les autres nationalités, ce sont les mêmes raisons ?

BG : oui pour certaines, c´est le cas par exemple des Américains (593 cartes de travail), ou encore des Chinois (503 cartes) et enfin des Sud-Coréens (305).

Mais l´immense majorité des autres demandeurs de cartes de travail émigre au Brésil pour des raisons économiques. C´est bien sûr le cas pour les pays très pauvres, comme Haïti et certains pays d´Afrique, comme l´Angola et la Guinée-Bissau (tous deux de langue portugaise). Les autres pays, moins pauvres, comme les voisins sud-américains, viennent chercher au Brésil de meilleures conditions de travail et surtout des opportunités d´évolution économique, en y développant des commerces par exemple (c´est le cas des Boliviens), et enfin, comme c´est le cas de l´Argentine, tout simplement pour trouver un emploi (ce pays connait un taux de chômage élevé 7,5% en 2014).

Enfin, une autre raison est d´utiliser le Brésil comme pays de transit. Comme il est relativement facile d´obtenir la permanence dans ce pays, et même la nationalité, certains émigrés s´y légalisent dans le seul but de pouvoir rejoindre ensuite un pays plus difficile d´accès, principalement les Etats-Unis, l´Australie, ou l´Europe.

Question : a-t´on une idée du nombre d´émigrés vivants au Brésil ?

BG : en 2013 on en a recensé 940.000, ce qui représente 0,4% de tous les émigrés au niveau mondial. Autant dire que c´est très peu, surtout pour un pays qui a une population de plus de 200 millions d´habitants. Il s´agit ici du nombre d´étrangers vivant au Brésil avec un visa permanent, ça ne prend pas en compte ceux d´origine étrangère et naturalisés, ou descendants d´émigrés. Si on les calculait on arriverait sans soute à plusieurs millions.

Ce que l´on sait avec certitude c´est le nombre de résidents permanents par nationalité, dont certains vivent au Brésil depuis des décénnies, les plus nombreux sont de très loin les Portugais, avec 277.727 personnes, suivis des Japonais avec 91.042, des Italiens 73.126, et enfin des Espagnols 59.985. Il faut noter qu´il s´agit des nationalités de migrants historiques, qui depuis le début du 20ème siècle forment le plus gros contingent d´émigrés au Brésil.

On remarquera que ces nationalités ne correspondent pas aux données récentes, de 2013, qui elles, n´ont prit en compte que la délivrance de cartes de travail pour l´année. Ces données sont intéressantes car elles nous donnent aussi la tendance actuelle, mais les données évoluent. Actuellement, le nombre de permanents portugais est encore supérieur à celui de tous les ressortissants du Mercosul réunis, qui sont en tout 237.318. Il est probable que d´ici 10 ans, le nombre de permanents de ces pays augmente beaucoup et que celui des boliviens dépasse celui des Portugais. A moins que d´ici là la Bolivie ne connaisse un boom économique sans précédent, et que d´autre part le Portugal soit plongé dans une crise, elle aussi sans précédent, ou que les Portugais âgés installés au Brésil depuis très longtemps soient décédés, on aurait alors d´autres données sur les nationalités installées dans le pays.

Question : en fait tout dépend de la bonne santé économique du Brésil ?

BG : et de la mauvaise santé des autres, car tout cela est lié. On voit par exemple, que parmi les voisins sud-américains, il y a moins de Chiliens ou de Colombiens qui émigrent au Brésil. Cela est du bien sûr au fait que ces pays ont une croissance économique plus importante que le Brésil. D´autre part, on a vu croître dernièrement les demandes de visas permanents de la part de ressortissants de pays traditionnellement plus riches, mais dont les pays sont en crise, comme ceux du sud de l´Europe (surtout Espagne et Italie). Le facteur économique est donc fondamental dans l´émigration, je citais plus haut les données de 2013, qui sont sans aucun doute basées sur les demandes de visas de l´année précédente. Il se trouve que 2012 est l´année où le Brésil a cessé de croître et où tous les indicateurs économiques se sont inversés. Depuis, la situation n´a fait que se dégrader et aux mauvais résultats économiques est venue s´ajouter une grave crise politique sur fond de corruption au sein des principales entreprises nationales, dont la géante du pétrole Petrobrás. Tout cela n´est guère engageant pour les investisseurs et génère un climat de méfiance qui fait hésiter à parier sur le Brésil. Les candidats étrangers aux investissements font marche arrière, pour la première fois depuis plus de 15 ans le chômage augmente, l´inflation revient, la croissance a disparu et le PIB rétrécit, tout cela influe sur l´émigration.

Ceci dit, on peut aussi s´installer au Brésil pour d´autres raisons que le business et l´emploi, en fin de compte le pays a d´autres tours dans son sacs, fort heureusement !

Question : quelle est la relation du pays avec les émigrés ?

BG : il y a plusieurs aspects. D´abord l´aspect légal, là il faut reconnaitre qu´il existe un certain flou administratif. Le Brésil ne s´est jamais beaucoup intéressé à la question On peut même dire qu´il n´a pas de politique définie sur l´émigration, il gère au jour le jour, laissant le champs libre aux incohérences administratives. La législation la plus récente concernant les étrangers date de 1980 ; on était alors en période de dictature militaire et par crainte d´entrées d´étrangers « indésirables », en provenance de pays communistes par exemple, on préférait traiter les demandes au cas par cas, d´où la multitude de visas, dont on sent bien que les critères d´obtention sont aléatoires. Au niveau des institutions on peut dire qu´il y a plusieurs tendances, ça dépend de la corporation et de la sensibilité politique. Les libéraux pensent qu´il faut faciliter l´installation d´émigrés hautement qualifiés et de gros investisseurs. Les partis plus à gauche prônent pour la solidarité avec les plus nécessiteux, d´où l´exemple des visas humanitaires pour les Haïtiens. Quant à la police fédérale, la première intéressée, puisqu´elle est en charge des frontières et des étrangers, elle porte un regard plutôt négatif sur l´émigration. Pour elle, une trop importante partie des étrangers sont des trafiquants, ou des voyous. Même s´il est vrai qu´elle est confrontée à tous les étrangers délinquants du pays, ça n´est jamais très agréable de se sentir suspect. C´est pourtant l´ambiance qu´on trouve quand on a à faire à la police fédérale, le moins qu´on puisse dire c´est qu´on y est jamais accueillit à bras ouverts…

Question : et la population ?

BG : on y retrouve toutes les tendances citées au-dessus, ceux qui pensent qu´on ne devrait laisser venir au Brésil que les étrangers riches, car des pauvres il y en a déjà trop. D´autres, encore plus primaires, pensent, comme la police, que tous les étrangers sont des malfrats, qu´ils viennent au Brésil pour se procurer de la drogue et des prostituées, et que de toute façon ils prennent des emplois aux Brésiliens. Fort heureusement, il y a aussi l´accueil positif, et je crois qu´il est majoritaire parmi les Brésiliens. Ceux-là voient les étrangers comme des gens bien préparés et éduqués, qui apportent un plus au pays, par leur savoir-faire et leurs investissements.

En tout cas, si les étrangers sont parfois confrontés à des réactions très primaires (qui ne sont d´ailleurs pas propres au Brésil), il n´existe aucun mouvement xénophobe au Brésil, aucun parti qui soit contre l´émigration, et il faut remonter à la Seconde Guerre Mondiale pour constater des violences contre des étrangers (des émigrés allemands avaient été lynchés et leurs commerces détruits). Le pays est donc plutôt cool pour les étrangers. Cela vient peut-être du fait qu´ils y sont peu nombreux, ou parce-que le Brésil a une incroyable faculté d´absortion, ce qui veut dire qu´un étranger a la possibilité d´être immédiatement intégré, il est alors dévoré, puis digéré pour en ressortir presque complètement Brésilien, et gare à celui qui ne joue pas le jeu ! Il souffrira des idées reçues (évoquées plus haut). Le Brésil a cette particularité d´être un pays qui s´est bâtit sur les différences, un pays multi-culturel, mais qui pour survivre doit les fondre dans un moule unique.

SUITE dans un prochain texte : installation au Brésil, avec quelques portraits d´émigrés et les raisons de leur installation dans ce pays.

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