L´insécurité au Brésil

C´est un des clichés du Brésil, insécurité et violence collent à la peau du pays. Avec ses images de favelas, de brigands sans foi ni loi et de policiers ripoux, les touristes hésitent souvent à effectuer un voyage au Brésil. Si l´insécurité pèse lourd, il est vrai, sur le quotidien des Brésiliens, qu´en est-il vraiment pour les visiteurs ?

Question : le Brésil est-il aussi dangereux qu´on le dit pour les touristes ?

Bruno Guinard : l´insécurité est loin d´être un tabou au Brésil, c´est une réalité. Mais il faut relativiser, le Brésil est un pays à plusieurs facettes, un pays qui marche toujours à deux vitesses, il n´y a jamais un Brésil, mais plusieurs, et cela dans tous les domaines, y compris l´insécurité. Les touristes doivent donc savoir que la violence, dans son immense majorité, ne les concerne pas. Ce sont les Brésiliens qui payent le plus lourd tribut à la délinquance, pas les étrangers qui visitent le pays.

Bien sûr, comme partout dans le monde, les touristes n´y sont pas à l´abri de vols, que ce soit un sac à main arraché, un porte-feuille dérobé, les pick-pockets font partie du décor et ils sévissent surtout où il y a foule, comme par exemple dans les transports publics. Il s´agit de toute une série de larcins, qui sont d´ailleurs bien connus des touristes. A cela s´ajoute le fait qu´au Brésil une bonne partie des intérêts touristiques se situent dans des grandes villes, comme Rio, Salvador ou Recife, qui sont des villes énormes, avec plusieurs millions d´habitants, hors les touristes le savent, dans toutes les mégapoles du monde l´insécurité est plus grande.

Il n´y a donc pas, à mon avis, de quoi sombrer dans la parano, il faut faire attention c´est évident, et surtout suivre les instructions des habitués, comme les professionnels du tourisme, hôteliers, guides, agences, etc, ils savent parfaitement où sont les dangers puisque leur business dépend du bon déroulement des activités touristiques.

Question : le touriste n´est-il pas plus vulnérable, justement parce-qu´il ne connait pas la réalité locale ?

BG : le touriste est surtout plus repérable, surtout quand il se « déguise » en touriste et quand il fait ce qu´aucun brésilien ne ferait, comme par exemple aller s´isoler sur un coin de plage où il n´y a personne, ou encore aller faire des photos dans une rue délabrée et déserte, sortir avec des bijoux, montrer son argent, etc.

Question : tu veux dire que le touriste ne doit pas s´écarter des sentiers touristiques balisés ?

BG : je veux dire qu´il ne faut pas tenter le diable. Quand on est touriste dans un pays on a moins de repères, on a pas les mêmes références que chez soi, alors il faut se servir des informations qu´on a glané par soi-même, ou reçu des professionnels du voyage et faire la part des choses. Quand on est bien renseigné, qu´on est assez observateur, et qu´on applique les règles sécuritaires de base, on peut partir à la découverte du pays, ou de la ville, et tout ira bien. Et bien sûr le touriste n´est pas obligé de ne faire que des activités touristiques, il peut fort bien suivre le mouvement de la ville, aller où vont les Brésiliens, c´est d´ailleurs ce que le visiteur recherche le plus, vivre au rythme du pays. Mais pour faire comme les Brésiliens, il faut un minimum de connaissance et de préparation, on ne se lance pas n´importe comment et on ne fait pas n´importe quoi. Tous les touristes qui ont eu des ennuis, les ont eu sur des lieux et à des heures où ils n´auraient pas du se trouver, justement là où les Brésiliens eux-mêmes ne vont pas.

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Touristes au Christ du Corcovado à Rio.

Question : en gros quelles sont ces règles de bases ?

BG : d´abord les mêmes règles qui valent pour le monde entier, ne pas attirer la convoitise et être attentif. Bien sûr chaque pays a ses particularités, au Brésil il y a des choses à ne pas faire, des attitudes à avoir ; quand on est dans une grande ville on ne sort pas avec des objets de valeurs, que ce soient, sacs, lunettes, montres, surtout s´il s´agit de grandes marques, mais aussi les appareils photos, téléphones portables et autres appareils électroniques, bijoux (surtout en or), et bien sûr on ne laisse jamais ses effets personnels sans surveillance. Je conseille aussi de ne pas sortir avec son passeport, on ne le demandera jamais, et une photocopie peut suffire. Une autre façon de ne pas s´attirer des ennuis, comme je le disais plus haut, c´est de ne pas aller dans les petits coins isolés, ni les rues désertes et abandonnées, ni les parcs ou squares qui sont vides, ni sur la plage (je parle des grandes villes bien sûr), s´il n´y a personne c´est un signe, il ne faut pas y aller. Si on sort la nuit c´est pareil, si l´arrêt de bus est désert mieux vaut prendre un taxi. Enfin, il faut évidemment se méfier des propositions très alléchantes, ce sont souvent des pièges, comme par exemple, une voiture qui s´arrête et propose de vous déposer gracieusement quelque part, ou encore, pour les messieurs, une jolie fille qui vous tombe dans les bras et vous attire dans un coin sombre en vous laissant croire au coup de foudre.

Question :  en cas d´agression ou de braquage quelle est la meilleure attitude à avoir?

BG : d´une façon générale les Brésiliens préconisent de ne pas réagir, c´est aussi le conseil que donne la police locale. Il est donc préférable de donner son sac ou son portefeuille, ou sa montre, plutôt que de se prendre un mauvais coup. D´où l´importance de ne pas sortir avec ses objets de valeur, en cas de braquage on aura ainsi perdu le moins possible. L´immense majorité des braqueurs cherche quelque chose de valeur pour pouvoir le revendre ou l´échanger immédiatement pour se procurer des substances illicites, comme le crack, qui fait des ravages au Brésil. Ils sont aussi la plupart du temps armés, souvent d´une arme blanche, donc on ne joue pas les héros, à moins d´être un champion de Kung-Fu ou de Krav-Maga, on ne lutte pas et le braqueur s´en ira ausi vite qu´il est venu.

Question : donc peu de touristes risquent d´être blessés, ou tués ?

BG : si c´était le cas plus un visiteur ne mettrait les pieds au Brésil. Alors qu´au contraire le nombre d´entrées de touristes a doublé ces dix dernières années dans le pays. Alors, s´il est vrai qu´on est jamais à l´abri d´un vol, les meurtres de touristes sont extrêmement rares, et d´ailleurs quand ça arrive on en parle partout dans le monde. Le touriste n´est pas la victime des homicides au Brésil, car il n´a rien à faire dans les quartiers pauvres, qui servent de base aux trafiquants, il n´a pas non plus à fréquenter ni à cohabiter avec la pègre. Hors, l´immense majorité des homicides au Brésil concerne ces milieux là, avec pour principaux motifs, les réglements de comptes, les vengeances et les guerres entre bandes pour le contrôle d´une zone. Ceci dit, il y a des touristes qui malgré les recommandations, s´aventurent où il ne faut pas, ceux-là, en général, n´en reviennent pas indemnes.

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Touristes à Recife.

Question : y-a-t´il des villes plus dangereuses que d´autres ?

BG : à l´échelle nationale la violence touche tout le pays, même si elle est loin d´être homogène (il y a des villes et des Etats du Brésil qui s´en tirent mieux que d´autres). Pour les touristes, c´est plutôt à l´échelle d´une ville même qu´il faut analyser les risques. On peut, par exemple, parfaitement se déplacer à Rio, que ce soit en bus ou en métro, à pieds ou en taxi, mais on ne doit pas aller dans le centre ville la nuit ou les weeks-end. Le centre-ville de Rio est un quartier d´affaires et de commerces, tout fonctionne donc du lundi au vendredi aux heures de bureaux, en dehors de ces moments là, il est déconseillé de s´y rendre. Il faut donc y aller du lundi au vendredi en journée, c´est d´ailleurs un quartier à ne pas manquer car on est plongé au coeur des activités de la ville. C´est un bon exemple d´une visite qui n´est pas du tout touristique, mais qui est à faire. Autre exemple, à Salvador de Bahia, le centre historique est le seul grand site touristique de la ville, on y va pour ça. Ce quartier, principalement le Pelourinho, est bien policé, surtout en journée, on peut donc y circuler sans souci. Par contre, le quartier est entouré de rues mal famées et de patés de maisons à l´abandon où il ne fait pas bon mettre les pieds. Ce n´est là encore qu´un exemple, mais qui illustre une fois de plus l´importance de toujours bien s´informer sur les endroits où on ne doit pas aller. Par contre, sur les grands sites naturels, comme les chutes d´Iguaçu ou la Chapada Diamantina, on a pas à s´inquiéter, de même que sur les plages des petites îles et tout au long des côtes, même chose pour les petites villes, qu´elles soient balnéaires ou historiques, on y est toujours plus tranquille.

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Le Pelourinho à Salvador de Bahia.

Question : et les touristes qui vont loger dans les favelas ?

BG : j´en ai parlé dans un autre texte sur les hébergements dans ce blog, il faut bien savoir que ces hébergements, qui sont devenus à la mode à Rio, sont installés dans des favelas pacifiées, c´est à dire qui ne sont plus sous contrôle des trafiquants. Les touristes y sont donc en sécurité. Ce qui est séduisant dans ce genre d´initiative, c´est que ça évite de faire l´amalgame, ça véhicule l´image tout à fait correcte que les populations défavorisées ne sont pas les complices mais les victimes de ces gangs organisés. Quand ces quartiers sont « nettoyés » des gangsters, les populations essayent d´y vivre normalement et d´y créer toute sorte d´activités commerciales, dont des hébergements. Ceci dit, je pense que de toute façon c´est aussi très « touriste » que de vouloir séjourner dans une favela, ça ne viendrait pas à l´idée d´un Brésilien de le faire, tout comme un Français n´irait pas passer ses vacances dans les quartiers nords de Marseille ou les cités du 93 en région parisienne. Cette obsession de certains touristes pour « l´authentique » frôle souvent la caricature !

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