Copacabana, la très pieuse… et la très sensuelle

Copacabana est sans nul doute la plage la plus célèbre du Brésil. La « petite princesse de la mer », comme on l’appelle ici, est aujourd’hui le symbole de l’exotisme et de la sensualité brésilienne. Elle exhibe aujourd’hui ses corps bronzés dans des bikinis hyper minis, pourtant son histoire a commencé très pieusement.

Au début, il y avait les peuples tupi, cette grande ethnie de la côte brésilienne divisée en nombreuses tribus. Copacabana s’appelait alors Sacopenapã, un mot tupi qui signifie « le coin des hérons » car les oiseaux des zones humides y étaient très abondants. Sacopanapã était un lieu désert, presque malsain puisqu’il se trouvait aux abords des marécages des alentours de ce qui est aujourd’hui la lagune Rodrigo de Freitas, un des quartiers les plus chics de Rio.

Le mot Copacabana n’apparait qu’au XVIIe siècle et selon la version la plus commune, ce mot viendrait du aymara, langue andine parlée au nord de la Bolivie, surtout dans la région du lac Titicaca. C’est là en effet, que se trouve la petite ville de Copacabana, construite à l’époque coloniale autour d’un sanctuaire dédié á la vierge noire de Copacabana. Toujours selon cette version, ce sont des boliviens, marchands d’argent (produit dans les mines de Potosi), qui au XVIIe auraient déposé à Rio une réplique de la vierge noire de Copacabana. A l’époque, on avait édifié une petite chapelle, située sur les rochers où se trouvent actuellement le fort de Copacabana, c’est dans cette chapelle qu’on aurait installé la réplique. C’est donc à cette époque que les habitants de Rio commencèrent à parler de Notre-Dame de Copacabana en se référant à cette plage déserte et presque inaccessible. Seuls quelques pêcheurs s’y rendaient en bateau. Il existe d’autres versions de l’histoire de Copacabana, mais celle-ci est celle que tout le monde connait.

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Vue nocturne de la ville de Copacabana en Bolivie, baignée par le lac Titicaca.

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Vue nocturne de Copacabana à Rio de Janeiro, baignée par l’océan Atlantique

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Aquarelle de la chapelle de Copacabana au 19e, au fond le Pain de Sucre.

Comme la vierge de Copacabana est connue pour ses miracles et actions de grâce, elle est devenue à Rio la protectrice des hommes qui partaient en mer. On dit même que sa chapelle a été construite au XVIIe par un riche portugais dont le bateau faisait naufrage au large. Il aurait été sauvé par la vierge, et transforma alors la petite chapelle en église, où se trouvait son image (voir aquarelle ci-dessus). Rien n’atteste cette version, mais elle court les plages de Rio…

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 Images de N-D de Copabana, à gauche la bolivienne, à droite celle qui figure actuellement sur le mur de l’église du même nom à Rio de Janeiro.

Au 19e, Copacabana était restée une plage relativement déserte, on y avait installé en 1874 la station de télégraphe d’où partait le cable sous-marin  qui reliait le Brésil à l’Europe, mais la plage n’était habitée que par quelques familles pauvres de pêcheurs. Ce n’est qu’à la fin du siècle, en 1892, que les habitants de Rio commencèrent à la découvrir. Car cette année là, on inaugure un tunnel qui passe sous le rocher connu aujourd’hui comme morro da Babilônia. Copacabana est ainsi reliée à la ville par le quartier de Botafogo, se trouvant lui dans la baie de Rio, secteur à l’époque bien peuplé et résidentiel. En 1904 un second tunnel est percé, c’est toujours celui qu’on emprunte aujourd’hui en venant de Botafogo.

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Copacabana, photo de 1909.

L’intérêt pour cette longue plage de sable fin (4,5 km) commence ainsi au début du XXe siècle. Le site est décrit comme battu par les vents du large, donc bien plus sain que les quartiers insalubres de l’intérieur de la baie. Les premières riches familles y construisent des résidences secondaires, ces Cariocas (habitants de Rio) y passent des week-ends, ils y respirent l’air pur et y prennent des bains de mer. Mais attention, même si la chapelle avait été dédruite en 1914, pour y construire un fort militaire, Copacabana était avant tout un lieu sacré, tous se souvenaient des messes de minuit dans la chapelle. Puis l’époque ne se dénudait pas encore et par crainte qu’on oublie un peu trop vite la morale religieuse, la mairie de Rio, à laquelle le quartier était rattaché depuis la percée du tunnel en 1892, publia en 1917 un manuel de bonne conduite pour Copacabana. On y réglementait la baignade par des périodes et horaires très stricts, les « tenues vestimentaires doivent conserver leur décence et posture, il est interdit de circuler en dehors du sable sans un peignoire ou autre vêtement suffisamment long et fermé. Il est interdit aux couples de se comporter de façon offensive à la morale et à la décence sur la plage, sur les lieux publics et dans les véhicules ».  Ça a bien changé depuis !

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Plage de Copacabana, à gauche au début du XXe et à droite actuellement.

En 1910, donc 18 ans après l’ouverture du tunnel, le quartier de Copacabana compte 600 maisons, des commerces divers, des bars et restaurants, il a toujours sa chapelle, mais aussi un cabaret, tenu par une Française, Louise Chabas. Les choses commencent à prendre une autre tournure, il est vrai que l’air pur et les bains de mer sont propices à une bonne santé, et c’est bien connu, le soleil est aphrodisiaque ! Comme les hérons de l’ancienne Sacopanapã, les messieurs se sentent alors pousser des ailes. Loin des cancans de la ville, ils vont s’encanailler à Copacabana. Il y a d’abord le cabaret de la Mère Louise, qui en plus du restaurant y organise des soirées dansantes. Puis, pour compléter la panoplie des plaisirs, tout en fournissant des alibis à leurs escapades nocturnes,  un casino est inauguré. On est en 1923, il se trouve dans l’hôtel Copacabana Palace (hôtel mythique toujours en activité). Quelques années plus tard un second casino ouvre ses portes, le Cassino Atlântico, au  bout de Copacabana (sur le site de l’actuel hôtel Sofitel).

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Le Copacabana Palace juste après sa construction (années 20).

En 1946 les jeux sont interdits au Brésil, c’est la fermeture de tous les casinos, celui du Copacabana Palace se transforme en salle de spectacles, les autres disparaisssent. A cette époque, le quartier de Copacabana, qui est déjà devenu la station balnéaire à la mode au Brésil, compte de nombreux hôtels et résidences de luxe.

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 1910 poste de secours et villas en bord de plage. Ci-dessus 1924, baigneurs sur la plage.

Dans les années 30 et 40 Copabana est méconnaissable, en moins de 40 ans, la plage déserte est devenue une véritable ville dans la ville, un quartier presque autonome avec plus de 25.000 habitants. C’est toute l’élite de Rio qui s’y installe, le quartier devient alors le plus chic de Rio et c’est là que va naître cette culture de la plage tant chère aux Cariocas. Copacabana lance les modes et fait avancer les moeurs, c’est ici que tout arrive, l’ancien Rio n’est plus qu’une province.

C’est à Copacabana que les femmes se libèrent, elles forment des équipes de sports de plage, elle raccourcissent leurs tenues, chaque saison un peu plus, pour arriver dans les années 80 au fameux fio dental (fil dentaire), ce bikini tellement mini qu’il n’est plus qu’un cordon, il suggère tout, mais cache l’essentiel. On est resté libéral à Copacabana, mais la nudité n’est pas de mise, même les seins nus y sont toujours interdits. S’il est très difficile pour un Européen de comprendre les subtilités de cette culture de plage, les Cariocas eux en connaissent parfaitement les limites, mais aussi les attraits, ils pensent qu’il y a du bon à ne pas tout dévoiler ! C’est sans doute ce qui fait la sensualité de Copacabana, elle est à fleur de peau, mais sans vulgarité, c’est juste dans la façon d’être, de se comporter, et de se vêtir. Un anthropologue français a dit un jour « en Europe les vêtements sont portés pour cacher le corps, alors qu’à Rio c’est le corps qui cache les vêtements ». Ça résume parfaitement l’ambiance.

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Copacabana dans les années 20.

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Copacabana dans les années 50.

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Copacabana dans les années 80.

Dès les années 1960, Copacabana est totalement urbanisé, il n’y reste plus aucune maison, seulement des immeubles de plusieurs étages. Mais le quartier reste à la mode, surtout pour les touristes. Les riches cariocas, quant à eux, commencent à lui préférer Ipanema et Leblon, puis plus récemment les plages encore plus au sud, comme São Conrado et Barra da Tijuca, mais Copabacabana, aujourd’hui quartier de classe moyenne, reste le quartier de plage le plus peuplé de Rio, il a plus de 150.000 habitants, l’équivalent de villes françaises comme Dijon ou Grenoble, et on peut y vivre sans jamais avoir besoin d’aller dans le centre de Rio.

Copacabana concentre aujourd’hui le plus grand nombre d’hôtels de Rio, autour de 80 établissements plus quelques auberges de jeunesse et hostal. C’est donc le quartier touristique par excellence, même si certains touristes préfèrent des quartiers plus résidentiels et anciens, surtout Santa Teresa, beaucoup choisissent Copacabana, pour son grand choix d’hébergements, donc de prix, pour la proximité de la plage, pour ses commerces, bars, restaurants et vie noctune, mais aussi pour ses facilités de transports et d’accès, entre les bus et le métro et le nombre de taxis, depuis Copacabana, on peut aller très facilement partout dans la ville.

Quant au sport, s’il est omniprésent sur Copacabana, ce n’est que l’évolution normale des choses. Souvenons-nous, tout a commencé par l’air pur et les bains de mer et de soleil, il a bien fallu pour cela que les corps se dévêtissent. Jusqu’à ce que, dès les années 60, on les montre presque entièrement. Il fallait que ces corps soient sains, bronzés, et bien faits. Le culte du corps à Rio était né, il ne fera qu’augmenter au fil des ans. Aujourd’hui, l’étranger est toujours surpris par le nombre de personnes qui pratique des activités physiques sur les plages de Rio. On veut rester en forme le plus longtemps possible, alors il n’y a ni limite d’âge, ni de classe sociale, le culte du corps est général. Depuis 2011 la mairie a même délivré des autorisations aux salles de sports, qu’on appelle ici academias, pour qu’elles exercent leurs activités sur les plages.

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Equipe féminine de volley de plage en 1951 à Copacabana.

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Matche de football de plage féminin « soccer-lingerie » en 2012

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« Academia » en plein air sur Copacabana.

Mais la plage c’est aussi la mer, et si l’on voit toujours plus de monde sur le sable que dans l’eau, c’est que la baignade y est assez dangereuse. Chaque année on enregistre des dizaines de noyés, surtout des touristes qui ne connaissent pas les dangers de ce lieu, descente à pic, courants sous-marins qui emportent vers le large, violence des vagues. On remarquera que les Cariocas se mouillent pour se raffraîchir au bord des vagues mais que rarement ils ne vont plus loin pour nager, qu’on ne fasse pas les malins, c’est qu’il y a une raison. Même si de nombreux sauveteurs sillonnnent la plage, on les reconnait à leurs uniformes oranges, mieux vaut ne pas tenter le diable !

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 Sauveteurs et brigade de police sur les plages de Rio.

Sur le sable, surtout quand il y a foule, on se méfiera aussi des voleurs. On ne laisse donc jamais ses affaires sans surveillance, et bien sûr on déconseille d’y aller avec passeports et cartes de crédit, qui de toute façon n’y ont aucune utilité. Des patrouilles de la police municipale et de la police militaire parcourent les plages, ce sont les brigades spéciales des plages, ils sont là pour surveiller cet univers où se mêlent touristes et plagistes locaux.

Mais qu’on soit rassuré, malgré ces quelques conseils, Copacabana reste un lieu unique et mythique, à découvrir absolument, et sous tous ses aspects.

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