Le “Je suis Charlie” du Brésil

Grâce à une large couverture médiatique, le Brésil a lui aussi accompagné les événements de ces derniers jours en France. Dans de nombreuses villes du pays des manifestations de solidarité se sont exprimées, par des rassemblements de rues, mais aussi de nombreuses interventions d´artistes brésiliens. J´ai choisi de publier ici quelques réactions de dessinateurs du pays.

En apprenant la nouvelle de l´attentat contre Charlie Hebdo, les dessinateurs de BD et caricaturistes brésiliens ont manifesté une profonde émotion. Ils ont aussi fait part de leur admiration pour l´équipe de Charlie Hebdo, principalement pour Wolinsky, considéré ici comme un maître pour des générations de dessinateurs et l´un des plus grands du monde encore en activité. La question de la liberté d´expression au Brésil, est d´autant plus sensible dans ce pays qui a vécu une période de censure et de repression pendant plus de 20 ans, sous la dictature militaire qui ne s´est achevée qu´en 1985.

Réaction de Ziraldo, 83 ans, artiste complet et référence au Brésil, dessinateur de BD, illustrateur, caricaturiste, peintre, journaliste, dramaturge, écrivain et humoriste, il a bien connu Wolinsky :

« C´est chocant parce-que… parce-que c´est une chose inimaginable ! Rentrer dans une rédaction, faire feu et tuer comme ça douze personnes ! Je veux dire… qu´est-ce que c´est que cette civilisation ? Quelle est cette civilisation ?… Ils ont vraiment influencé toute une génération, ma génération, ici au Brésil, ils ont influencé tout le monde ».

ziraldo

Ziraldo présentant son slogan.

Réaction de Arnaldo Branco, 43 ans, dessinateur, caricaturiste et journaliste, créateur de nombreux personnages modernes de la  BD brésilienne :


« Je ne comprend pas comment quelqu´un qui croit autant au pouvoir de la foi, puisse penser qu´elle est menacée par un simple dessin humoristique. Tuer des dessinateurs pour venger son prophète me fait douter si la cause de ces gars là tient debout sans une forte dose d´irrationalité. Il est clair que le mouvement anti-islamique va augmenter en Europe. Je ne sais pas si l´idée est vraiment de produire un climat de guerre, ou si les assassins imaginaient que la mort des ces dessinateurs n´allait pas avoir de répercussions. De toute façon, nous avons là la preuve de la lâcheté de ces « détenteurs de la vérité ».

dessin de amaldo branco

Dessin de Arnaldo Branco « Nous n´allons pas nous arrêter ».

Réaction de Chico Caruso, 66 ans, dessinateur, caricaturiste, musicien et humoriste, c´est un des dessinateurs favoris des grands quotidien et hebdomadaires brésiliens :

« C´est l´impondérable déguisé en Guerre Sainte, et c´est une lâcheté religieuse… Une lâcheté criminelle, déguisée en religieuse ».

Réaction de Laerte Coutinho, 64 ans, dessinatrice de BD et journaliste, c´est une des rares femmes de la BD au Brésil :

« Le travail des ces personnes a été décisif et a changé ma vie à une époque où j´étais en formation, j´adorais dessiner mais je ne savais quoi faire avec le dessin, et ces gens m´ont apporté la lumière qui m´a guidé. C´est le moment, pour nous, d´être solidaire de Charlie Hebdo car c´est un patrimoine de l´humanité, un journal de toute première importance pour l´histoire de l´humour et pour le journalisme engagé ».

Réaction de Ique Carvalho, 35 ans, illustrateur, publicitaire et blogueur, il fait plus dans le sentimental que dans l´humour, mais son blog est suivi par des millions d´Internautes au Brésil :

« Cet attentat nous a tous choqué, principalement les dessinateurs, je le classe, je le compare aux attentats du 11 septembre, c´est le 11 septembre des dessinateurs. Ils étaient les meilleurs, il donnaient le meilleur d´eux mêmes dans la lutte contre la terreur et en faveur de la liberté d´expression. Jamais je n´aurai imaginé qu´un dessin puisse provoquer un attentat terroriste. Quand ils ont tué ces dessinateurs, ils n´ont pas tué qu´eux, qui étaient en première ligne de cette lutte, ils ont atteint chacun d´entre nous. Et ce coup, on va le sentir encore longtemps parce-qu´ils n´ont pas seulement voulu tuer les dessinateurs, ils ont voulu tuer leur essence. L´essence de leur engagement, qui est contre le radicalisme religieux, contre les atteintes à la liberté d´expression, à la liberté des journalistes, de la caricature, de l´humour, et des limites de l´humour. Les limites de l´humour c´est la défense de la société et des intérêts de la population comme un tout ».

Réaction de Carlos Latuff, 47 ans, illustrateur, dessinateur de BD et activiste politique, il a travaillé comme illustrateur pour un journal syndical, puis s´est engagé auprès du mouvement zapatiste et pour la cause palestinienne. En 1999 il visite les Territoires-Occupés et produit des dessins qui feront le tour du monde, en 2006 il représente le Brésil dans un concours international organisé à Téhéran en réaction aux caricatures de Mahomet publiées au Danemark, il y gagnera le second prix. C´est un bon connaisseur du sujet (islamiste), il pense que de tels actes assassinent aussi l´Islam, comme il le montre dans le dessin suivant qu´il vient de publier :

dessin de carlos latuff

Dessin de Carlos Latuff

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *