Investiture de la presidente Dilma Rousseff

Réelue à la tête du pays le 26 octobre dernier, la présidente du Brésil a officiellement pris ses fonctions le 1er janvier 2015. L´investiture s´est déroulée à Brasilia, siège du gouvernement fédéral, dans une cérémonie très solennelle et sous les applaudissements de quelques milliers de « fidèles » venues pour l´occasion.

Dilma Roussef

Dilma Rousseff (accompagnée de sa fille) le 1er janvier 2015

Question : comment se déroule la cérémonie d´investiture au Brésil ?

Bruno Guinard : la cérémonie d´investiture des présidents de la république au Brésil obéit à un protocole qui reste inchangé depuis 1972, protocole ennuyeux, disons-le, comme peuvent l´être toutes ces grandes cérémonies officielles dans le monde.

Alors voilà comment ça se déroule : le cortège du président part de la cathédrale (à noter que le Brésil étant un pays laïc il n´y a pas de messe à cette occasion) et se dirige vers le Congrès National. Le président est installé dans une Rolls-Royce Silver Wraith (modèle 1952), voiture officielle qui ne sert que pour les investitures présidentielles. En général, le président est accompagné de son conjoint, dans le cas de Dilma Rousseff, qui n´a pas de conjoint, elle était accompagnée de sa fille. Les Dragons de l´Indépendance suivent à cheval. Au Congrès le président est reçu par les présidents du Sénat et de la Chambre des Députés. C´est là qu´il prête serment et signe son engagement de respect de la constitution. Cet acte, se déroule en présence des 81 sénateurs et des 513 députés de la fédération, ainsi que des invités, notamment les chefs d´Etat étrangers. Après la signature on joue l´hymne national, puis à la sortie du Congrès une salve de 21 coups de canons est tirée pour rappeller que le chef de l´Etat est aussi le chef des armées. Il est alors salué par les différents corps d´armée. Ensuite, le président retourne à bord de la Rolls-Royce, accompagné cette fois de son vice-président. Ils se dirigent alors vers le Palais Présidentiel où ils sont salués par le président sortant (ce qui n´est pas le cas pour une réélection), c´est là que le président reçoit le bandeau national et prononce son discours à la nation. Puis il présente ses ministres et chacun d´entre eux signe le livre d´investiture, c´est le ministre de la justice qui initie cet acte. Après cela le président défile dans la Rolls-Royce autour de l´Esplanade des Ministères en saluant la foule. Ce n´est qu´en fin d´après-midi que le président rencontre les chefs d´Etat et ambassadeurs, la cérémonie se termine par une réception au Itamaraty (le ministère des affaires étrangères). Voilà pour la cérémonie officielle.

Dilma Roussef 2

Coup de pouce de Lula… pour ajuster le bandeau.

Question : ambiance particulière pour ce second mandat de Dilma Rousseff ?

BG : la première constatation c´est le public, il n´y avait pas foule, malgré les 800 autocars affrétés par le PT (Parti des Travailleurs, au pouvoir). Le nombre de participants a diminué de moitié comparé à la précédente investiture de Dilma en 2011 (autour de 20.000 personnes pour cette édition 2015). Brasilia, la capitale, semblait donc ce jour-là encore plus vide que d´habitude. Puis vint le discours à la nation, interminable et soporifique au possible, lu par une Dilma Rousseff  qui ne semblait pas croire un mot de ce qu´elle lisait. Je pense que mis à part les officiels réunis devant la présidente pour l´occasion, personne n´a du l´écouter jusqu´au bout. C´était même pire qu´un discours de campagne, où là au moins il faut mettre le ton pour galvaniser les foules. Sans doute la présidente a perdu là une bonne occasion de remonter le moral du pays, car, il faut bien le dire, l´ambiance est plutôt morose depuis quelques temps. Au lieu de ça elle a noyé tout le monde dans des chiffres et des données, sensés mettre en avant un bilan positif de son précédent mandat. Ceci dit, l´investiture présidentielle n´est qu´une étape symbolique, elle n´a aucune portée sur ce qui va se dérouler au cours du mandat.

PT1

PT2

Ci-dessus partisans du PT rejoignant Brasilia pour l´investiture.

Question : morosité, c´est à cause des récents scandales de corruption ?

BG : il y a plusieurs raisons à cette morosité qui grandit. Bien sûr le scandale autour de la Petrobrás (compagnie brésilienne du pétrole), qui était la première entreprise du pays et fleuron de son industrie avant la révélation des affaires, n´est pas fait pour arranger les choses. Même si les Brésiliens ont l´habitude des scandales de corruption, celui-ci est la goutte d´eau qui a fait déborder le vase, surtout par son ampleur, et comme l´équipe au pouvoir et sa coalition sont directement impliquées dans ces détournements de fonds, c´est toute la crédibilité de l´Etat qui est mise à mal. Il est certain que cette affaire va pourrir la vie du gouvernement pour un bon bout de temps.

Les autres gros soucis pour la présidente sont d´ordre économique et politique. Le Brésil voit son PIB se réduire, l´inflation revient, la croissance est au point mort, l´industrie en panne et l´emploi pourrait être touché à partir de cette année. Rien de réjouissant pour la présidente Dilma. Coté politique, le scénario aussi à changé, le gouvernement se retrouve avec un Congrès divisé, une coalition moins solide, car plus morcelée et tentée par la dissidence, donc, un contexte très propice à l´explosion des alliances et au blocage parlementaire.

Question : que va faire Dilma Rousseff ?

BG : le premier pas a été de mettre en place son gouvernement, ce qui n´a pas été simple car une bonne partie des ministres retenus initialement sont mouillés dans le scandale de la Petrobrás. Ensuite, devant les mouvances et les doutes de la coalition, il a fallu répondre aux exigences des partis alliés qui ont fait monter les enchères, en politique la loyauté à un prix ! La présidente a donc créer de nouveaux ministères et de nouveaux secrétariats d´Etat pour leur distribuer. On est ainsi passé à 39 ministères, ce qui augmente encore le nombre de fonctionnaires (mais qu´on se rassure, la présidente promet aussi de réduire les dépenses de l´Etat).

La marge de manoeuvre de Dilma est étroite et tout indique que ça va être très dur pour elle. Elle ne pourra pas continuer de justifier les mauvais résultats économiques du pays par la conjoncture internationale. Elle ne pourra pas non plus développer ses programmes sociaux sans que quelqu´un les finance. A priori elle devrait se retourner vers de nouvelles taxes et vers les charges sur les entreprises, avec le risque de toucher à l´emploi, ce qui serait très impopulaire. Encore plus impopulaire, elle va devoir prendre des mesures, comme par exemple l´augmentation des tarifs énergétiques, surtout ceux de l´électricité, alors qu´elle avait imposé leur baisse (de 20%) en 2012 (ce qui s´est avéré être une grossière erreur à tous les niveaux, sauf électoral bien sûr). Puis le pays a un besoin vital d´infrastructures, hors pour entreprendre ces gros travaux on a besoin des grandes entreprises d´Etat, dont la Petrobrás était le fer de lance. Mais engluée et fragilisée, l´entreprise va devoir répondre aux innombrables procès des actionnaires et des partenaires qui ont lésé dans le monde entier, ça va couter très cher et la chute du prix du pétrole sur le marché international n´arrange pas les choses. Avec la Petrobrás c´est aussi toute une série de ses partenaires qui sont éclaboussés par les scandales, et il s´agit surtout des grandes entreprises de construction.

Mais la présidente, toujours forte de l´appui populaire des plus démunis, peut encore rebondir, et même marquer des points, par exemple en engageant des réformes qui se font attendre depuis des décennies, comme celle du code pénal (celui en vigueur date de 1940) ; la présidente proposerait un durcissement des peines dans les cas d´homicides. Dans un pays qui compte en moyenne 50.000 homicides par an, c´est une mesure qui serait bien accueilli. Puis il y a les programmes sociaux, dont les résultats sont plutôt positifs depuis une dizaine d´années, si la présidente les maintient et les renforce elle gardera toujours un fort appui populaire. Tout va se jouer sur ses capacités à gérer l´équation qui soutient tout l´ensemble, à savoir un bon équilibre entre les programmes sociaux et la réduction des inégalités, l´amélioration et le développement des infrastructures, et la stabilité économique.

partisans Dilma

Partisans de Dilma et de sa coalition.

Question : et ce peuple qui était descendu dans la rue en 2013 ?

BG : c´est le grand inconnu, il est comme un monstre marin au fond de l´océan, on ne sait pas quand il refera surface. Ce qui est certain c´est qu´aucune des revendications de 2013 n´ont été satisfaites, pourtant, le peuple est calme, il semble s´être volatisé après la raclée allemande de la Coupe du Monde. Les observateurs les plus pessimistes prédisent d´importants mouvements sociaux pour cette année. Mais à ce jour rien ne l´annonce. Ce qui est certain, c´est que s´ils se produisaient, ce sera bien plus violent qu´en 2013 ; d´une part parce-que les forces de l´ordre s´y sont préparées, et de l´autre parce-que les gens n´auront plus aucune raison de croire aux promesses gouvernementales, ils seront plus déterminés encore.

Question : donc 2015, année difficile pour le Brésil ?

BG : sur le plan économique il ne devrait pas y avoir beaucoup de différences avec 2014, et cela malgré les mauvais indicateurs. Je pense qu´on est encore dans la queue de la comète, ça va trainer un peu avant une reprise. Par contre 2016 pourrait être explosive, c´est l´année des Jeux Olympiques à Rio de Janeiro, une occasion unique pour un bordel généralisé. Le pays va traverser une période difficile c´est indéniable, mais ce n´est pas non plus la catastrophe, tout dépendra de la façon dont Dilma et son équipe vont gérer la fragilité de ce pays, affaiblit mais toujours plein de ressources. C´est un peu comme ci nous naviguions sur une mer d´huile, mais pleine d´écueils, avec un bateau sans voiles ni moteurs, l´arrivée à bon port est entre les mains des rameurs et de leur capitaine  !

Dilma Roussef et Michel Terner

Dilma Rousseff et le vice-président Michel Temer devant le palais présidentiel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *