Le ENEM, l´un des plus importants examens scolaires au monde

ecole publique brésil

Le Brésil vient de réaliser le plus célèbre de ses examens, et l´un des plus importants au monde en nombre de participants, le ENEM (Exame Nacional de Ensino Médio). L´examen s´est déroulé ce dernier week-end dans tout le pays, avec presque neuf millions de participants.

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 Question : qu´est-ce que le ENEM et pourquoi est-il aussi concouru ?

Bruno Guinard : le ENEM a été créé en 1998 comme examen de fin de cycle secondaire auquel pouvaient s´inscrire tous ceux qui venaient de l´enseignement public. L´idée à la base était de tester les connaissances des participants afin d´évaluer le niveau du système éducationnel public. Le ENEM ne remplaçait aucun autre examen en vigueur dans le pays, sa fonction était juste analytique. En 2009, le ministère de l´éducation a créé une seconde version du ENEM, qui en plus de sa fonction initiale, s´est vu transformé en véritable examen d´entrée à l´université, venant ainsi en complément, et même en remplacement du Bac (appelé ici vestibular). Depuis le lancement de cette nouvelle version le ENEM connait un succès qui se confirme et s´amplifie chaque année. Il y a eu pour cet examen 2014, près de 9 millions de participants, ce qui représente plus du double des inscrits au Bac.

 

Question : où est la différence avec le Bac ?

BG : le Bac au Brésil n´est pas national ni unique, c´est un concours d´entrée à l´université mais chacune a le sien. On doit donc passer le concours de chaque université où l´on veut étudier, c´est ce que fait la plupart des jeunes puisque rarement ils réussissent du premier coup le Bac de l´univesité qui les intéresse. Le ENEM quant à lui, permet d´entrer dans toutes les universités, c´est pour cela qu´il est tant populaire. Mais attention, il est réservé exclusivement aux éléves qui viennent de l´enseignement public, par conséquent le principe du Bac par université continue de fonctionner.

 

Question : pourquoi cette distinction ?

BG : on aborde là le fond du problème éducationnel du Brésil. D´un coté nous avons l´enseignement public, qui est à la charge des autorités, soit fédérales (surtout pour les universtés), soit des Etats, ou encore des municipalités. Ce secteur est depuis longtemps déficient, il manque d´infrastructures, de personnel qualifié et connait de longues périodes de grèves qui retardent les programmes. Les classes y sont surchargées et l´on y est moins exigeant sur le niveau de l´enseignement et l´assiduité des élèves. D´un autre coté, on a l´enseignement privé qui est tout le contraire, mais comme il est payant, seuls les enfants des familles plus aisées y ont accès. Autrement dit, les pauvres vont à l´école publique, les riches à l´école privée. Jusque là rien de très surprenant. Mais ce qui rend le système brésilien plus particulier, et plus cruel aussi, c´est que les meilleures universités du pays sont fédérales, donc publiques. Leur concours d´entrée y est bien plus difficiles, seuls les élèves venant du secteur privé ont le niveau pour y réussir le concours. Ceux venant du public n´ont aucune chance, et comme d´une façon générale ils n´ont pas non plus les moyens de se payer les universités privées, ils sont dans l´impasse. Ceci dit, comme dans tous les domaines au Brésil, l´enseignement n´est pas homogène, toutes les écoles publiques n´ont pas le même niveau, cela dépend de la municipalité où elles se trouvent, puis de leurs gestions, on a des exemples d´écoles publiques qui atteignent les mêmes résultats que le privé, même si ce sont des exceptions, ça existe.

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École publique au Brésil.

Question : le ENEM réduit donc les différences entre pauvres et riches ?

BG :  c´est en tout cas l´idée, surtout depuis 2009. En augmentant les chances des élèves venant des couches populaires on réduit les inégalités, c´est certain. Il faut dire aussi, qu´en plus du ENEM, depuis  les années 2000 l´Etat implante un système de quotas raciaux pour l´entrée à l´université. Comme d´une façon générale la population non blanche est la plus défavorisée, là aussi les choses bougent. Le ENEM et le principe des quotas raciaux forment un tandem qui bouscule en profondeur le système éducationnel du Brésil, car du coup, les élèves défavorisés ont deux possibilités de poursuivre leurs études, soit en se présentant sur des listes de quotas raciaux, mais il faut pour cela avoir terminé son cycle secondaire, soit par le ENEM en y obtenant une note suffisante. A partir de là, ces élèves peuvent prétendre à une bourse délivrée par l´Etat, et poursuivent alors normalement leurs études.

 

Question : quotas raciaux, ça ne fait pas un peu peur comme principe, et quels sont ces quotas ?

BG :  l´idée n´est ni nouvelle ni brésilienne, je crois qu´elle a été créée en Indes dans les années 30 ou 40, puis utilisée aussi aux Etats-Unis dans les années 60. Au Brésil, ce principe est inscrit dans la nouvelle constitution de 1988, elle ne concerne d´ailleurs pas exclusivement le milieu universitaire mais est applicable à d´autres secteurs, comme par exemple les postes dans la fonction publique. C´est en tout cas pendant le premier mandat de Lula (2002/2006) que le principe a été relancé et que le débat est devenu plus virulent (ce fut d´ailleurs, à mon avis, le seul grand débat de société des années Lula). Le Brésil s´est retrouvé très partagé sur la question, d´une part ceux qui pensait que la race ne devait pas intervenir dans le cursus mais seules les compétences, sinon on créait une autre forme de racisme, D´autre part, ceux qui pensaient que ce système de quotas était le seul moyen de rétablir très vite un équilibre entre les classes sociales au niveau des études, ce qui à moyen terme aurait des répercussions sur tous les secteurs de la société. Il fallait regarder cette proposition non pas comme pas comme une mesure « raciste » mais comme une « réparation » à l´histoire ; car après l´abolition de l´esclavage au Brésil (en 1888), jamais les descendants d´esclaves n´ont été intégrés à la société, même chose pour les Indiens, toujours restés en marge du monde des blancs. Le système des quotas, aussi brutal soit-il, permet donc un rééquilibrage.

Quant aux taux de quotas, il est prévu que 50% des places dans les universités leur soit réservées. Mais cela se fait au fur et à mesure et pas uniformement selon les Etats, aujourd´hui, on est en moyenne à 20% sur l´ensemble du pays.

 

Question : on connait la proportion du secteur public-secteur privé dans l´éducation ?

BG :  il y a aujourd´hui au Brésil près de 57 millions d´élèves et étudiants tous secteurs confondus. Le secteur public reste largement en tête en nombre d´élèves avec actuellement autour de 48 millions. Mais le phénomène intéressant c´est que le nombre d´étudiants du secteur privé augmente chaque année de 14%, là encore c´est très variable d´un Etat à l´autre, mais ce chiffre est une moyenne nationale. Cela veut dire que dès qu´une famille passe dans une classe sociale supérieure, elle retire ses enfants du système public pour les mettre dans le privé. Ce phénomène est constant depuis quelques années, il accompagne le recul de la pauvreté dans le pays.

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« le Brésil est à l´avant dernière place en qualité d´éducation ». Humour autour d´une enquête qui place le Brésil avant-dernier sur 38 pays analysés. A noter que ce petit garçon rédige ce texte bourré de fautes.

Question : à terme cela ne menace-il pas l´éducation nationale publique ?

BG :  c´est en tout cas la preuve que malgré tous les efforts des derniers gouvernements, le problème de fond n´est pas réglé, à savoir la mauvaise qualité du système public. Si les gens l´abandonnent dès qu´ils ont un peu plus de moyens, c´est que le système n´est pas bon. La question est de savoir jusqu´à quel point l´Etat va abandonner le système éducationnel public au profit du privé. C´est un paradoxe dans un pays gouverné par une gauche très centralisatrice, mais rien à l´horizon ne semble indiquer que les choses vont changer.

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Le ENEM porte sur 180 questions divisées en 4 grands thèmes, plus une rédaction.

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