Le ara bleu de Lear

groupe de aras de lear

Une espèce rare, dont la découverte et les moeurs sont entourés de mystères. Le ara de Lear est endémique au Sertão de Bahia, sa survie est aujourd’hui extrêmement fragile.

aras de lear

aras de lear 2

Photos ci-dessus : aras de Lear dans leur milieu naturel.

A l´origine le Brésil comptait trois espèces de aras bleus, le ara hyacinte (Anodorhynchus hyacinthinus),habitant le Mato Grosso, c´est le plus grand des aras bleus et aussi de tous perroquets, il est encore relativement préservé dans la nature. Puis le petit ara de Spix (Cyanopsitta spixii), qui vivait au nord-ouest de l´Etat de Bahia. Aujourd´hui disparu de son habitat, le dernier spécimen a été aperçu en 2001, il en reste entre 70 et 80 individus en captivité. Enfin, le ara de Lear (Anodorhynchus leari), qui habite le nord-est de l´Etat de Bahia et qui a bien failli disparaitre dans les années 1990, on en compte aujourd´hui autour de 1.000 individus dans la nature.

 

Le ara de Lear est un des perroquets les plus méconnus au monde, ses moeurs commencent à peine à être étudiés, c´est fascinant quand on pense que ce grand oiseau, qui  mesure autour de 75 cm, est resté si longtemps méconnu. Il habite à Bahia, en plein Sertão, très exactement dans la région de la Guerre de Canudos (voir le texte sur ce blog). Dans les années 1990, j´ai pu l´admirer dans son habitat naturel, un spectacle inoubliable.

 

L’espèce n’a été observée scientifiquement pour la première fois qu’en 1970. Jusque là, on pensait qu’il s´agissait d’une sous-espèce du ara hyacinte. C’est l’ornithologue brésilien Helmut Sick qui s’est lancé à sa recherche dans ces années là, afin de rapporter des informations plus précises sur ce perroquet, décrit dès le début du 19ème par des voyageurs. En 1856, c’est l’ornithologue français Charles-Lucien Bonaparte, qui lui donne son nom scientique en hommage à Edward Lear, célèbre peintre animalier anglais. Ce dernier, citait l´espèce dans l´un de ses ouvrages d´illustrations publié en 1832. Charles-Lucien Bonaparte en observa une peau et des plumes au Muséum d´Histoire Naturelle de Paris, ainsi qu’un spécimen vivant au zoo d´Anvers. Mais sans savoir qu´il s´agissait d´une espèce nouvelle, sans les recherches d´Helmut Sick, elle aurait disparu sans qu´on en sache plus. Dès que H. Sick localise et identifie ce ara bleu dans le nord-est de Bahia, il comprend que l’espèce est au bord de l’extinction. A cette époque, il en restait moins de 200 individus dans la nature ; un  habitat, qui a aussi contribué à la difficulté d’approcher cette espèce, puisqu’il s´agit d´une région semi-désertique, éloignée des villes et fréquentée seulement par quelques paysans isolés, ou aventuriers de passage. l´habitat des aras bleus de Lear s’appelle Raso da Catarina, un massif montagneux resté très sauvage jusqu’à aujourd’hui.

raso de catarina

raso de catarina

Photos ci-dessus : vues du Raso da Catarina

Il y a deux raisons essentielles à la disparition de cette espèce. La première c’est bien sûr le braconnage. Dans cette région qui est l’une des plus pauvres du Brésil, l’activité humaine se limite à une agriculture précaire, la capture des aras bleus pour la revente sur le marché international était très lucrative, les traficants n’avaient donc aucun mal à convaincre les habitants de la région à leur fournir des aras. La seconde raison, elle aussi liée à la pauvreté de la région, c’est l’exploitation du palmier licuri, un palmier endémique qui fournit des petits fruits proches de la noix de coco. Ces noix du licuri composent plus de 90% de l’alimentation du ara de Lear, les aras bleus s’éloignent donc de plus en plus de leur aire habituelle et n’hésitent pas à s’attaquer aux champs de maïs pour compenser le manque de licuri. Les paysans n’hésitaient alors pas à les tuer pour protéger leurs maigres cultures de céréales. Cette situation a perduré jusqu’au début des années 2000, mais depuis, un fond d’indemnisation à été créé pour dédommager les paysans. La surveillance des aires de nidification et le controle systématique des populations permet aujourd’hui d’empêcher à la fois le braconnage et l’abattage de ces magnifiques oiseaux.

groupe de aras de lear

Groupe de aras de Lear sur un palmier licuri.

Aujourd’hui, on compte deux colonies de aras de Lear sur deux sites protégés, celui de la Toca da Serra Velha et, à une quarantaine de km plus au nord, celui de Serra Branca. Un couple a été aperçu plus à l’ouest de ces deux zones, mais on a pas d’informations sur lui. Les deux zones protégées, sont gérées par des ONGs, dont l’une sous l’égide du WWF. Des biologistes et des équipes de gardiens travaillent à l’étude et à la surveillance de ces deux colonies. L’une des principales activités depuis une dizaine d’années est le comptage des individus, l’étude des moeurs et du patrimoine génétique de l’espèce. Il faut pour cela capturer les jeunes dans les nids en grimpant le long des parois abruptes des falaises où nidifient et dorment ces perroquets. Certains nids pouvant se trouver dans des cavités de plusieurs mètres de profondeur. Les jeunes sont pesés, mesurés et bagués, des prises de sang sont effectuées afin de détecter les maladies mais aussi établir leur ADN, ce qui permet d’identifier les liens de parenté entre les individus. C’est d’ailleurs l’un des gros soucis des biologistes, car il semblerait que l’espèce est très consanguine, ce qui est un sérieux handicap pour sa survie sur le long terme.

groupe aras de lear flaises

Groupe de Aras de Lear au-dessus des falaises où ils nichent.

Escalade nids aras de lear

Escalade et recherche des nids et dortoirs.

baguage aras de lear

étude aras de lear

Photos ci-dessus : baguage et étude des jeunes.

Ce travail a permis d’optimiser la reproduction, et surtout de protéger l’espèce, les résultats sont là, en dix ans sa population a été multiplée par 5. Mais sa survie reste très fragile, car on est jamais à l’abri d’une maladie qui décimerait ces oiseaux, ou d’une catastrophe climatique. On sait par exemple qu’une augmentation de la température ralentit leur reproduction. Les grandes périodes de sécheresses leurs sont défavorables et cela peut s’expliquer par le manque d’humidité de l’air, ce qui agit sur l’éclosion des oeufs, et la production réduite des noix du licuri.

Le ara de Lear peut vivre une quarantaine d’années, les couples sont formés pour la vie et n’ont qu’un ou deux jeunes par an, ils atteignent leur maturité sexuelle qu’à huit ans, c’est donc un processus de reproduction très lent pour des oiseaux.

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