Le Sertão de Bahia et la Serra da Capivara

Serra da Toca Velha

Faisant suite aux précédents textes sur la région du Sertão, j´ai choisi de présenter à part les deux sites suivants : le Sertão de Bahia, pour être le plus proche de moi géographiquement, et aussi celui que je connais le mieux, et la Serra da Capivara, qui est sans nul doute le point culminant des intérêts touristiques de la région.

serra branca

Serra Branca, entre Canudos et Jeremoabo

Localisation et accès : Le Sertão de Bahia commence à un peu plus de 100 km de Salvador, vers le nord-ouest juste après la grande ville de Feira de Santana. Mais la partie digne d´intérêt touristique se trouve encore plus au nord, dans le secteur du massif du Raso da Catarina et sur le site de la Guerre de Canudos (voir sur ce blog le portrait de Antonio Conselheiro). On peut accèder à la région de Canudos en partant de Salvador, soit en direction de Paulo Afonso, en bifurquant à Jeremoabo (383 km de Salvador) vers l´ouest pour arriver au village de Canudos. La route entre Jeremoabo et Canudos est très mauvaise, 91 km de piste. Mais c´est aussi le trajet le plus beau pour les paysages puisqu´on longe le massif du Raso da Catarina, avec les rochers de Serra Branca, qui abritent une des dernières colonies de perroquets aras bleus de Lear. L´autre possibilité est d´emprunter la route qui part de Salvador et à Feira de Santana remonter vers le nord, la route est bonne et on traverse alors les grandes villes de Serrinha, de Tucano et Euclides da Cunha jusqu´au village de Bendengó.

Ensuite vers l´est pour Canudos. La route depuis Salvador est assez ennuyeuse, il y a 392 km, mais c´est plus court que par Jeremoabo.

En revanche, si on arrive du nord par le Pernambuco, alors on devra passer par Paulo Afonso pour rejoindre Jeremoabo et Canudos (par la piste). De toutes les façons on évitera de descendre du nord par la route qui vient de Juazeiro do Norte (voir texte précédent) vers Salgueiro, toute comme celle qui de Salgueiro part vers l´ouest vers Petrolina. Il s´agit du « triangle d´or » du Sertão, il y a beaucoup de plantations de marijuana, le secteur est fréquenté par les traficants, ils se méfient des gens qui ne sont pas du coin, donc on évite.

La Serra da Capivara se trouve elle à l´extrême sud de l´Etat du Piauí. Mais le plus pratique c´est d´accéder par avion, soit en arrivant à Juazeiro (Etat de Bahia), soit à Petrolina (Etat de Pernambuco). Ces deux villes sont voisines, séparées par le fleuve São Francisco, le plus grand du nordeste, mais comme elles appartiennent à des Etats distincts, il y a un aéroport régional pour chaque ville. Si on est à Salvador, on aurait plus d´options de vols sur Juazeiro (attention ne pas confondre avec Juazeiro do Norte, qui se trouve elle plus au nord dans l´Etat du Ceará), et si on est à Recife plus d´options sur Petrolina.

De Petrolina, ou de Juazeiro, on rejoint la Serra da Capivara par la route, il y a 298 km, mais la route est goudronnée. Le bourg le plus proche de la Serra da Capivara est São Raimundo Nonato, à 41 km, on y passe forcément en venant de Bahia ou de Pernambuco.

canudosCanudos

Canudos : En arrivant à Canudos on est en plein Sertão de Bahia. Les paysages sont un mélange de caatinga et de massifs montagneux et ce qui surprend ici c´est l´étendue d´eau au beau milieu de cette steppe apparement sèche. C´est le Açude de Cocorobó, un plan d´eau artificiel qui a été aménagé dans les années 1960 en canalisant les eaux de la petite rivière Vaza-Barris. Ce sont sous ces eaux que se trouvent les ruines de l´ancienne Canudos, celle d´Antonio Conselheiro, pendant les périodes de sécheresses on peut voir les restes de l´église où il mourut. En arrivant à Benbengó par le sud, on part vers la droite pour Canudos, mais il s´agit de « Canudos Nova », car l´ancienne Canudos est sous les eaux et une petite colline en face de Bendengó se revendique d´être une des parties anciennes de Canudos, c´est Belo Monte, un groupe de quelques maisons sur un mont désolé, mais d´où l´on voit tout le site de la Guerre de Canudos. Un des vieux habitants du coin a récolté toute sa vie des vestiges de cette guerre, il en a fait un minuscule musée que la famille est fière de présenter aux rares visiteurs.

antonio conselheiroStatue de Antonio Conselheiro et musée de la Guerre de Canudos

Plus loin, entre Bendengó et Canudos, il faut prévoir une visite au Parque Estadual de Canudos (parc historique de la Guerre de Canudos). C´est exactement sur ce site que ce sont déroulées les principaux épisodes de cette épopée à la fin du 19ème (voir texte sur Antonio Conselheiro sur ce blog). Le parc historique est sous responsabilité de l´Uneb (Université de Bahia), qui travaille sur ce thème. Il n´y a pas grand chose sur place, sinon quelques indications, des panneaux avec des photos et des cartes, mais en faisant travailler son imagination, l´endroit est très prenant.

parc de canudosEntrée du parc historique de Canudos

L´autre centre d´intérêt à Canudos est le Raso da Catarina, qui commence ici au massif de Serra da Toca Velha. Mais attention, le site est sous haute surveillance car il abrite la plus importante colonie de aras bleus de Lear, espèce rarissime qu´on ne trouve qu´ici, en fait il n´existe plus que deux populations de ces aras, celle de Canudos et celle de la Serra Branca à Jeremoabo. Pour y accéder il faut donc des autorisations, et pour observer ces oiseaux, être accompagné d´un représentant de l´ONG Biodiversitas (sous l´égide du WWF). On accède alors à la Estação Biológica de Canudos, base de cette ONG sur place.

Serra da Toca VelhaSerra da Toca Velha

Aras Bleu

Aras bleus de Lear dans le Raso da Catarina

Parc de la Serra da Capirava : Il s´agit ici d´un des plus intéressant et spectaculaire site de tout le Sertão. On y accède depuis São Raimundo Nonato, le seul gros village des environs. Il faut prévoir au moins deux jours su place, et plus si on veut y faire des randonnées. Ce parc, qui est classé au Patrimoine Mondial par l´Unesco depuis 1991, ne compte pas moins de 700 sites archéologiques, dont 590 de peintures rupestres. C´est ici, que depuis les années 1970, des archéologues brésiliens ont découvert des traces de présence humaine datant de 12.000 ans, ainsi que des vestiges d´occupation humaine bien plus anciens, ce qui remet totalement en question la datation actuellement en vigueur du peuplement de l´Amérique.serra de capivara

Peintures rupestres de la Serra da Capivara

serra de capivaraserra de capivaraSerra da Capivara

serra de capivaraSerra da Capivara, passerelle d´accès aux peintures rupestres

Il y a deux types de visites sur place, celles en plein air sur le site, qui se font toujours accompagnées d´un guide local, et celles du musée de la Fundação Museu do Homem Americano, qui se trouve au villade de São Raimundo Nonato. C´est ici bien sûr qu´on comprendra mieux toutes ces recherches et théories, sur le peuplement des Amériques en général, et du Brésil en particulier.

Tous ces travaux sont menés par l´achéologue brésilienne Niéde Guidon, qui a également développé un partenariat avec des chercheurs français pour des missions de recherches communes. Pour Niéde Guidon, certains vestiges, qu´elle considère humain, sont datés de 100.000 à 150.000 ans, ce qui contrarie toutes les thèses et soulève la question d´un peuplement humain en dehors de la théorie la plus répandue du « détroit de Béring », ou tout simplement l´existence d´un homo sapiens américain. La Fondation de l´Homme Américain, maintient aussi sur place de nombreuses activités en rapport avec le développement durable auprès des habitants et pour l´environnement, comme par exemple un atelier de céramiques reprenant les motifs des peintures rupestres et qui fournit des ressources et des emplois à la population locale.

ceramique artisansCéramiques des artisans de la Serra da Capivara

archeologieTravaux d´archéologie à la fondation de l´Homme Américain

musee homme americainMusée de l´homme américain à São Raimundo Nonato

Hébergements et déplacements :

Comme on l´a déjà vu concernant le Sertão, le niveau des hébergements y est vraiment très basique. A Canudos, il n´y a aucun hébergement de qualité, seulement quelques petits hôtels ou pensions très simples, sans climatisation et sans confort. Les seules villes où trouver quelque chose de plus acceptable, sont Paulo Afonso, Juazeiro ou Petrolina, donc pas tout prêt. Entre ces deux dernières villes, qui sont voisines, Petrolina est plus agréable et plus développée. Si on fait tout ce parcours de Sertão de Bahia en voiture, elles sont une étape obligatoire. A savoir aussi que tout ce secteur des alentours de ces deux villes forme un important pôle agricole en raison d´un réseau d´irrigation alimenté par le fleuve São Francisco. Entres fruits et légumes, la région est également connue pour ses vignes et sa production de vins et mousseux.

Pour la Serra da Capivara, on a guère le choix, il n´existe qu´un seul hébergement tout à fait aceptable, qui est celui utilisé pour toutes les visites au parc, qu´elles soient scientifiques ou touristiques. A São Raimundo Nonato il existe également de petits hôtele, très simples.

Quant aux déplacements, comme on l´a vu, ces sites ne sont accessibles qu´en voiture. Il est donc recommandé de passer par un professionnel pour organiser un séjour et s´y faire accompagner par un guide spécialisé. Je déconseille fortement de partir à l´aventure dans cette région, il faut prévoir un minimum d´encadrement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *