Coupe du Monde 2014, la dernière ligne droite !

A la veille du coup d´envoi du Mundial 2014, qui sera donné ce jeudi 12 juin à São Paulo, avec le match d´ouverture Brésil/Croatie. Dans un contexte plutôt morose et avec des menaces de troubles sociaux et d´innombrables retards dans les travaux d´infrastrutures, cette Coupe du Monde au pays du football s´annonce pour le moins houleuse.


Question – Alors, si près du coup d´envoi quelle est l´ambiance au Brésil ?

Bruno Guinard – Il y à cinq jours j´étais très étonné, pas un drapeau dans les rues, pas une décoration, pas une place aménagée comme à l´accoutumée pour fêter le Mundial. Alors qu´à chaque Coupe du Monde c´est toujours l´effervescence autour des préparatifs. Puis entre mercredi et jeudi dernier les services de la mairie (à Salvador) ont commencé à installer la décoration, il est vrai qu´elle se mélange ici avec les traditionnelles décorations de la São João (la fête la plus populaire du nordeste après le carnaval). Mais quand même les drapeaux brésiliens sont là, c´est bon signe ! Il y a encore un un peu partout des manifestations et des menaces de grèves. Sur Rio même chose, mais les décorations s´installent, surtout dans les quartiers populaires toujours mieux disposés pour la fête. São Paulo est la ville qui a été la plus perturbée par des grèves cette semaine, principalement celle du métro qui a provoqué d´interminables embouteillages. Et puis c´est vrai il y a des menaces, tout le monde redoute une grève des policiers, car c´est dans l´air. Mais malgré ces problèmes, il est certain que dès le match d´ouverture Brésil/Croatie ce jeudi, tout le monde va se ranger derrière l´équipe nationale.

Question – Faut-il  vraiment craindre des troubles sociaux ?

BG – C´est certain il y aura des troubles, mais pas d´une ampleur à affecter le déroulement de l´événement. La situation a beaucoup évolué ces derniers temps, souvenons-nous des importantes manifestations d´il y a tout juste un an, elles étaient spontanées et pas du tout politisées. Aujourd’hui les manifestations sont syndicales, corporatives, associatives, elles sont organisées et ciblées, même si sur le fond elles ont les mêmes revendications et les mêmes critiques sur la Coupe du Monde. A cela s´ajoute le fait que nous sommes en pré-campagne électorale, l´opposition a donc tout intérêt à ce que la Coupe ne se passe pas bien, car c´est un atout majeur pour ensuite attaquer le gouvernement en place. Et en effet, si c´est le bordel et si le Brésil perd, elle mettra ça sur le dos du gouvernement. L´argument sera tout trouvé « comment, avec tous les millions dépensés on a pas été capable de faire une bonne Coupe du Monde ? ». Voilà la question que la présidente Dilma redoute, d´autant que sa cote de popularité a chuté depuis quelques mois. D´autre part, coté ordre public, la police est bien mieux préparée, puis elle compte sur l´armée et des unités spéciales qui sont venues en renfort. Les manifestations seront donc tenues à l´écart des stades et des points stratégiques. Enfin, il faut prendre en compte le fait que malgré toutes les critiques, une majorité de Brésiliens reste dingue de foot et est consciente que tous les projecteurs du monde sont sur le Brésil. Elle n´a donc pas envie de donner une mauvaise image du Brésil, quelque part la fibre nationale est en éveil et les manifestants, ou leurs organisateurs, savent qu´en empêchant le déroulement du Mundial ils se mettraient à dos une bonne partie de l´opinion publique ; même si l´opinion est plutôt favorable aux revendications et qu´elle est consciente que c´est un moment idéal pour attirer l´attention sur ces sujets, elle veut aussi un Mundial sans incidents pour pouvoir profiter de la fête du football et donner une image positive du pays.

Question – Est-ce que les résultats de la Coupe pourraient en arriver à faire chuter le gouvernement ?

BG –  Bien sûr la vague de satisfaction et d´optimisme qu´apporterait une victoire du Brésil serait un atout pour la présidente. Mais même sans cela, elle reste très en avance sur ses adversaires qui sont encore à 25% derrière elle dans les intentions de vote. Par contre, une catastrophe majeure sur la Coupe du Monde, par exemple le blocage de matchs à cause de troubles ou défaillances des équipements lui ferait bien du mal, mais cela ferait aussi du mal à ceux qui les provoqueraient, alors au fond personne n´a intérêt à tout gâcher.

Question – Et l´homme de la rue, va-t´il bien profiter de cette Coupe ?

BG –  C´est un aspect intéressant et peut-être aussi l´origine du malaise autour de cette Coupe. Jusqu´ici elle est restée très virtuelle, et le restera, car l´organisation exigée par la Fifa empêche tout « contact charnel » avec la Coupe. Par tradition au Brésil, pour toutes grandes rencontres ou match de foot, la population les vit dans la rue, aux abords des stades bien sûr, mais aussi partout où c´est possible. C´est toute une série de détails tout simples qui font les ambiances des grands matchs, les décorations improvisées aux couleurs du drapeau, la musique, les bars souvent eux aussi improvisés, la multitude de petits vendeurs de choses à grignoter, à boire, ou encore de T.shirts et maillots de foot, drapeaux, etc. Puis il y a tout le commerce autour des entrées au stade, on achète, on revend, les cambistes tiennent le haut du pavé, c´est une véritable ambiance de foire, que les gens adorent et qui les stimule. Mais pour la Coupe rien de cela n´est possible, aucun stade ne sera accessible directement, seuls les spectateurs munis de billets y auront accès par transports organisés. Donc pas de carnaval autour des stades. Quant aux petits vendeurs  ils sont interdits autour des stades, et les commerces ne pourront vendre que des produits certifiés conformes Fifa, autrement dit, les marques des sponsors. Pour les entrées aux stades, là aussi c´est bétonné par la Fifa, pas de commerce parallèle autour de ça. La Coupe du Monde ne sera donc pas plus « palpable » que si elle se déroulait à l´autre du monde, elle n´appartient pas au peuple qui devra se contenter de la télé ou des écrans géants qui retransmettront les matchs sur des points touristiques et stratégiques.  Là bien sûr ce sera la fête, surtout lors des matchs du Brésil. Mais on « entendra » pas les rumeurs du stade comme on le fait toujours. Le contact direct c´est uniquement pour ceux qui ont des entrées au stade. Il y a donc comme un paradoxe que les gens ont encore du mal à assimiler, la Coupe est au Brésil, toute proche, mais finalement tout aussi lointaine que si elle se déroulait à l´étranger. Bien entendu on ne voit pas trop comment il pourrait en être autrement, il y a les normes de la Fifa et le pays les a accepté. Pour faire passer la pilule les responsables du pays ont  donc promis que tous ces investissements seraient restitués au peuple par des infrastructures, comme par dans les transports et des emplois. Mais finalement le peuple n´a rien vu venir, la plupart des chantiers n´est pas achevé, d´autres sont carrément arrêtés, tous ces travaux titanesques commencés partout à la fois n´ont fait qu´agraver les conditions de transports, puis les prix ont flambé, alors pour compenser tout ça il ne reste au Brésilien de la rue qu´une seule chose, la victoire du Brésil en finale !

Ci-dessous : photos des préparatifs dans les quartiers populaires.

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