Racines judaïques au Brésil

Depuis quelques années des spécialistes se penchent sur les racines judaïques du Brésil. L´histoire remonte à l´époque coloniale et la découverte récente d´un miqwé (bain purificateur) à Salvador de Bahia, confirme la présence importante et active de communautés juives dans la colonie.

Question – Tout d´abord, qu´est-ce qu´un miqwé et quelle est son importance pour l´histoire des juifs au Brésil ?

Le miqwé est un élément indispensable à la vie de la communauté juive, sans l´acte purificateur il n´y a pas de communauté. Cela peut paraitre incroyable, mais le miqwé est plus important que la synagogue. L´immersion dans un miqwé est un acte depurification, il est surtout utilisé pour les femmes après leurs règles, ou les filles avant le mariage, mais ses fonctions sont bien plus étendues, par exemple pour la conversion au judaïsme, ou encore la « kasherisation » d´ustensiles de cuisine. Partant du principe qu´une femme ne peut avoir de rapports avec son mari après les règles si elle n´est pas passée par le miqwé, on comprend son importance pour la continuité de la communauté.

Pour le Brésil, cette découverte est d´autant plus importante que ce miqwé vient confirmer la survivance de pratiques religieuses judaïques en pleine période inquisitionnelle, parmi des communautés converties de force au catholicisme. Autrement dit, les juifs convertis (connus aussi comme Marranes ou nouveaux chrétiens) menaient une vie en apparence catholique, tout en continuant de pratiquer le judaïsme clandestiment.Le miqwé que nous avons identifié dans le centre historique de Salvador se trouve en plein coeur de ce qui était à l´époque (XVII et XVIII siècle) le centre de la capitale coloniale. Et tout ça à la barbe des ordres religieux, car la maison où se trouve ce miqwé est voisine de trois grandes institutions catholiques, les Franciscains, les Jésuites, et les Dominicains, ces derniers étant d´ailleurs les représentants du Saint Office.

Il y a quelques années, des chercheurs ont découvert un miqwé à Recife, datant lui aussi du XVIIème siècle, mais qui a été construit à l´époque de l´occupation hollandaise de cette région, c´est à dire en période de tolérance religieuse (les Hollandais n´interdisait pas le judaïsme). Il a donc été construit et utilisé officiellement, avec l´aide de rabbins qui vivaient et pratiquaient librement leur religion à Recife. Tandis qu´à Salvador, il s´agit d´un miqwé clandestin.

Question – Il a été construit quand et qu´est-ce qui fait que c´est un miqwé ?

Il se trouve dans une maison qui date de 1680 et il est recouvert d´azulejos portugais (faïences) de la même époque. Ce qui caractérise un miqwé c´est son volume d´eau, qui ne peut être inférieur à 760 litres, son alimentation en eau pure, provenant soit directement de la pluie, ou d´une source, mais ça peut aussi être d´une rivière. Le bassin permettant l´immersion ne doit pas être en contact avec des impuretés, il n´y a donc pas d´écoulement (l´eau était retirée manuellement). Enfin, le bassin doit être creusé à même la terre (on ne peut pas faire un miqwé en hauteur).

La conformité de ce miqwé a été confirmée par au moins deux rabbins l´ayant visité, Ariel Oliszewski rabbin de Bahia (jusqu´en 2011), et Abraham Skorka rabbin de Buenos Aires (pour la petite histoire, à l´époque de sa visite il venait de publier un livre avec l´archevêque argentin Jorge Mario Bergoglio, l´actuel pape François).

Etat du Miqwé a sa découverte

Question – Quand et comment l´avez-vous trouvé ?

Il y a eu plusieurs étapes, la première en 2005 pendant des travaux de restauration de la villa où se trouve aujourd´hui l´hôtel que je dirige. Deux bains (ou bassins) se trouvaient sous des arches qui séparent deux patios, enfouis sous des décombres et fort endommagés. Ce qui nous a surpris c´est d´abord leur existence, car au XVII il n´y avait pas de bains dans les maisons (on trouve les premiers bains ici à partir de la première moitié du XIX). Nous avons donc fait appel aux Monuments Historiques locaux, qui n´ont pas su donner de détails, sinon qu´il s´agissait de bains portugais, réponse bien peu satisfaisante puisque à l´époque tout ici était portugais ! Nous avons donc engagé un expert en azulejos, car il restait une bonne partie d´un bain couvert de ces faïences portugaises. L´expertise a conclu qu´il s´agissait bien d´azulejos du XVII. Mais jusqu´ici j´ignorais totalement qu´il pouvait s´agir d´un miqwé.

La seconde étape c´est en 2008, à l´occasion d´une rencontre avec une famille qui devait fournir des plats kasher sur la demande de clients. La cuisinière Mme Reveca, m´a rendu visite avec sa fille et son gendre, juif orthodoxe de São Paulo. C´est lui qui m´a dit le premier, et sur un ton de plaisanterie, que je n´aurais aucun problème à produire de la cuisine kasher puisque nous avions un miqwé à portée de main ! Bien sûr, même s´il plaisantait, cette information a bouleversé le cours des recherches historiques que j´effectuais sur la maison. En fait, elle corroborait avec des éléments que j´avais déjà recueilli, à savoir la présence de nombreuses familles de juifs convertis dans cette partie de la ville.

A partir de là les choses se sont enchainées, de rencontres en rencontres et avec l´aide du rabbin de Bahia, nous avons organisé un petit groupe de recherche autour de ce miqwé.

Enfin, en 2011, nous avons reçu le rabbin Skorka de Buenos Aires pour une analyse plus poussée. C´est au cours de cette visite, et sur sa demande, que nous avons cassé un mur au-dessus du bassin, et, comme le pensait le rabbin, nous y avons découvert un nouvel élément en faveur du miqwé, un réservoir alimenté par les eaux de pluie qui comporte exactement le même volume d eau que le bain.

Restauration miqwé


Question – Pourquoi des juifs convertis au Brésil et quelle était leur importance ?

Avec l´expulsion des juifs d´Espagne en 1492, une importante partie de cette communauté passe au Portugal (on l´estime à 180.000 personnes), où l´Inquisition n´est pas encore implantée. Les juifs n´y auront pas pour autant la paix, ils y sont taxés, leurs enfants sont envoyés peupler les colonies, principalement les îles de São Tomé e Principe, d´autres sont vendus comme esclaves, et en 1496, pour ceux qui restent le roi du Portugal décrète la conversion forcée. Puis en 1536l´Inquisition s´implante au Portugal. Pour fuir les pérsécutions, les juifs et leurs descendants, pour la plupart convertis depuis 1496,n´ont guère d´autre choix que celui de partir. Une partie se réfugia dans le sud-ouest de la France où ils seront tout simplement appelés « Portugais ». A cette époque ce mot signifiait tout simplement juif, en tout cas dans le sud-ouest de la France. Je précise ce détail car il nous a permis de faire le lien avec le verdict des Monuments Historiques de Bahia, « bains portugais » pouvait ainsi signifier « bains judaïques ».C´est aussi l´époque où le Portugal institue la déportation des criminels vers le Brésil, les juifs convertis en feront partie.

D´autre part, on les qualifiait de « nouveaux chrétiens », en opposition aux « anciens chrétiens », donc de souche. Ainsi, cette distinction les reléguait à une catégorie inférieure de citoyens, bon nombre de professions et d´activités leur étaient interdites, et il suffisait qu´ils soient dénoncés ou soupçonnésde pratiquer le judaïsme clandestinement pour que leurs bien soient confisqués, ou pire encore qu´ils soient torturés et mis au bûcher en place publique.

Ce qui poussera des juifs convertis à émigrer vers la colonie portugaise du Brésil, c´est tout d´abord le fait que l´Inquisition n´y soit pas implantée et que sur ces terres du nouveau monde, les opportunités de s´y construire une vie nouvelle étaient bien plus importantes qu´ailleurs.

Actuellement, une grande partie des historiens estiment que sur cinq Portugais débarqués à Salvador de Bahia, alors capitale du Brésil, jusqu´au XVIII siècle, trois étaient des juifs convertis, ou leurs descendants. Cela veut dire qu´ils formaient la majeure partie de la population blanche de l´époque, en tout cas dans le nordeste du Brésil.On connait aussi la présence de juifs convertis dans la flotte de Cabral, le découvreur du Brésil en 1500, dont les principaux capitaines, commeFernando de Noronha ou Gaspar Lemos.

Les racines judaïques du Brésil se retrouvent dans bon nombre de pratiques, surtout dans l´intérieur des terres du nordeste(le Sertão), sans même que la population en connaisse l´origine. Ainsi, des familles entières ne mangent pas de porcs, mais ne savent pas pourquoi, ou encore enterrent leurs morts dans des linceuls. On y a aussi l´habitude de faire le grand ménage de la maison le vendredi et d´allumer des bougies ce soir là en vue du shabbat. Les symboles sont multiples et parfois surprenants, on retrouve par exemple l´étoile de David sur le chapeau de cuir typique des gens du Sertão, dont celui des cangaceiros, ces nobles bandits du Sertão. Personne n´en connait vraiment la raison, trouvait-on ce symbole seulement joli, ou avait-il une signification plus profonde ?

edit

L´édit d´expulsion, ou décret de l´Alhambra, signée la 31 mars 1492 par les rois catholiques d´Espagne, Isabel et Ferdinand.

Question – Mais comment en pleine ville et encerclé par les ordres catholiques, ces juifs ont-ils pu pratiquer leur religion, n´étaient-ils pas plus surveillés que les autres citoyens?

Bien sûr ils étaient plus vulnérables que les chrétiens de souche, même si l´Inquisition n´avait pas implantée de tribunal au Brésil, elle y avait un représentant en la personne de l´évêque de Bahia. Il y avait aussi un réseau d´agents du St Office qui recueillaient les dénonciations. Il y a eu des centaines de condamnations, dont certaines ont mené à la déportation vers Lisbonne, l´emprisonnement et même des exécutions, mais leur nombre n´a rien de comparable avec celles infligées en péninsule ibérique. En revanche, les punitions sur place étaient fréquentes, elles s´appliquaient surtout sous forme de confiscation des biens. C´est pour cela que bon nombre de convertis ce sont installés dans les terres, c´était plus sûr qu´en ville.

On sait que 80% des dénonciations enregistrées auprès du St Office étaient pour « pratiques judaïsantes ». Cela prouve qu´ils étaient bien la cible principale des catholiques. Mais cela prouve aussi qu´il existait une vie religieuse active chez les convertis.

Par ailleurs, pour survivre dans ce contexte, les juifs convertis avaient à leur avantage le fait de se trouver sur des terres immenses et quasiment vierges, où tout était hostile à l´implantation d´une société de droit ; la vie n´y valait pas grand chose, c´était la loi du plus malin qui l´emportait toujours. Ce qui veut dire que tout le monde était prêts à des « petits arrangements » pour survivre. On sait ainsi que, malgré les exigences de pureté du sang, c´est à dire être chrétien de souche, pour faire partie d´institutions traditionnelles et religieuses, comme certaines confréries et ordres, bon nombre de dérogations étaient octroyées, et très souvent de façon officieuse. On retrouvait donc des nouveaux chrétiens en haut de l´échelle sociale et parfois à des postes de pouvoir. Lors de nos recherches nous avons obtenu une réunion avec le frère Hugo, historien de l´ordre franciscain de Bahia, et les rabbins cités plus haut. A la question du rabbin Skorka « un juif converti pouvait-il administrer les biens d´un ordre catholique comme celui des Franciscains ?»(le propriétaire de la maison où se trouve le miqwé était l´administrateur du couvent des Franciscains), le frère Hugo a répondu avec un sourire au coin des lèvres « oui, s´il se comportait comme un chrétien… ». Cet exemple illustre bien ce principe « d´une main lave l´autre », car les Franciscains, ayant fait voeux de pauvreté ne pouvaient administrer l´argent, pourtant indispensable à leur expansion et à leur existence, alors ils nommaient une personne de la société civile, si possible puissante et bonne gestionnaire. Les convertis profitaient donc de ces « arrangements », qu´on appelle ici « jeitinhos », arrangements qui ont d´ailleurs donné naissance à la société de compromis et de faveurs qui perdure dans le Brésil d´aujourd´hui.

Enfin, pour se fonder dans la masse et « purifier » le sang de la famille, il y avait aussi les mariages mixtes, c´est à dire avec des chrétiens de souche. Les juifs convertis abandonnaient aussi leurs noms d´origine hébraïque pour prendre des noms moins repérables. On ne trouvera donc jamais un nom juif au Brésil pendant la période coloniale (c´est aussi ce qui rend les recherches si difficiles).

Question – Justement comment savoir qui étaient les convertis, par les noms qu´ils empruntaient?

A l´époque ils étaient catalogués comme « cristãos novos » (nouveaux chrétiens), cette mention les suivait partout et se retrouvait sur tous les écrits les concernant. Fort heureusement on avait assez peu besoin de documents à l´époque, les familles de nouveaux chrétiens pouvaient donc assez facilement échapper à l´administration.

Quant aux noms, lorsqu´une famille arrivait dans un quartier, si dans la rue il y avait déjà des familles catholiques avec un nom très répandu, la famille de convertis adoptait ce même nom. C´est ainsi qu´on retrouve des Lopes, Oliveira, Mendes, Pereira, Carvalho, etc, etc, aussi bien catholiques de souche que juifs convertis. Alors aujourd´hui cela ne nous aide pas beaucoup dans les recherches.

En revanche, on sait qu´il s´agit de convertis quand on retrouve leurs noms dans les procès inquisitionnels. Tous ces procès sont gardés à Lisbonne et consultables online, c´est une source incontournable pour nos recherches. Mais bien sûr, cela ne concerne qu´une partie des convertis, pour ceux qui n´ont jamais été condamnés, et ils sont la majorité, on a peu de moyen de savoir, sauf en retrouvant des documents d´époque, comme actes de propriétés, de mariages, etc, où apparaitrait la mention « nouveaux chrétiens ». Pour le reste il faut se baser sur des déductions, et parfois aussi sur les « quand dira-t´on » qu´on retrouve parfois dans des textes de l´époque.

Question – Comment se sont passées vos recherches et actuellement où en êtes-vous ?

Comme je l´expliquais au début nous avons monté un petit groupe de recherche constitué de cinq personne, le rabbin de Bahia Ariel Oliszewski, qui nous a orienté sur les questions religieuses et a organisé les contacts avec d´autres rabbins, le président de la SIB (société israélite de Bahia) Mauricio Szporer, qui a fait le lien avec la communauté locale et nous a épaulé pour des aspects juridiques (le miqwé se trouve dans un lieu privé), Mme Berta Wainstein, médecin retraité qui a accepté de coordonner le groupe, Mme Suzana Severs, professeure et historienne spécialisée sur l´Inquisition et les cristãos novos, et moi-même, qui était chargé de faire le « rabatteur », c´est à dire recueillir des informations et documents pour les soumettre à notre historienne.Nous avons ainsi épluché toute une partie des archives de Bahia, avec d´énormes difficultés, car elles sont très mal organisées et en situation de dégradation avancée ; de plus, elles ne sont pas regroupées dans un même lieu, il y a des archives d´Etat, des archives municipales, et des archives religieuses, ces dernières étant pratiquement inaccessibles. Par chance j´ai pu tisser des liens avec l´historien de l´ordre franciscain, lequel a accepté de m´aider. J´ai découvert par la suite que lui-même avait une ascendance juive, je crois que cela a facilité les choses.

C´est ainsi que nous avons pu identifier une grande partie des propriétaires de la maison, depuis sa construction en 1680 jusqu´à 1753, à cette datepar contre nous perdons la trace des propriétaires. Ensuite, vers la moitié du XIX nous trouvons d´autres pistes et nous remontons jusqu´à nos jours. Il ne nous reste donc plus qu´un siècle de « trou noir » que nous essayons d´éclaircir.

Enfin, il nous manquait un élément essentiel, qui est la datation du miqwé. Nous avons donc fait appel à un archéologue bahianais, qui avec une équipe de l´université de São Paulo s´est chargé d´effectuer des prélévements des divers matériaux qui composent l´ensemble, principalement la structure. Les résultats viennent tout juste de nous être communiqués, malheureusement ils ne sont pas conclusifs, je dirais même qu´il ont un peu brouillé les pistes, car des éléments du XVII et du XIX se retrouvent sur une même structure. On a ainsi deux lectures possibles, soit c´est un bain du XVII qui a été restauré au XIX, soit il est du XIX mais des matériaux du XVII ont été récupéré et utilisé pour sa construction, comme des briques et des azulejos, ce sont donc deux histoires bien différentes. Pour en savoir plus, il faudrait tout démonter et creuser tout autour du bain. C´est un chantier que nous n´envisageons pas d´entreprendre, trop compliqué et trop lourd.

Question – Qu´en pense la communauté juive du Brésil, cette découverte a-t´elle eu un grand écho sur place ?

D´une façon générale, le retour est positif de la part de la communauté, mais en même temps la majeure partie n´est pas très familiarisée avec l´histoire des convertis, ni avec la pratique du miqwé. Chez les mieux informés et les plus religieux il existe aussi la question de la judaïté des convertis, car au fond, même si ça a été par la force, ils sont devenus catholiques. Pour certains aujourd´hui il est difficile de les considérer complètement comme juifs ; d´autant que la communauté des convertis n´était absolument pas homogène. Parmi les convertis sous l´Inquisition, certains étaient devenus de vrais catholiques, à l´opposé d´autres étaient de vrais résistants qui n´ont pas abandonné le judaïsme l´ont pratiqué dans l´ombre, parfois même en le transformant pour être plus discret ; et entre ces deux extrêmes on trouvait toutes les nuances.

Pour nous, il y a eu la question de la médiatisation, nous ne savions pas s´il fallait diffuser cette nouvelle. D´une part pour les historiens qui se respectent, il est inconcevable de publier une découverte sans avoir des preuves concrètes à l´appui, hors nous n´en avions pas, mis à part les rapports des rabbins. Puis nous avons craint des blocages au niveau des recherches, car quand même nous sommes entourés d´institutions catholiques, comment allaient-elles réagir en apprenant qu´un lieu sacré du judaïsme avait existé à leur porte ? C´est en 2012 que nous avons diffusé la nouvelle et cela grâce à la plus grande spécialiste des juifs convertis au Brésil, Mme Anita Novinsky, reconnue mondialement pour ses travaux sur le sujet. Par chance, en 2012 elle est venue à Bahia pour participer à un congrès international sur l´Inquisition. C´était l´occasion de tester sa réaction. Sans rien lui dévoiler nous l´avons invité à venir voir « quelque chose » qui pourrait l´intéresser. Sa réaction a été immédiate, en découvrant le miqwé elle s´est écriée « non, ne me dites pas que c´est un miqwé ! C´est incroyable, ça fait 40 ans que je fais des recherches sur les juifs de Bahia, vous ne vous rendez pas compte de ce que cela réprésente ! ». Puis elle m´a presque passé un savon « Et vous, petit hôtelier français qui n´est même pas juif, vous m´appeler pour me montrer un miqwé ! C´est tout simplement incroyable ! » . Et c´est elle qui nous a orienté sur le fait de médiatiser ou non : « Vous venez de trouver un trésor. Quand on trouve un trésor on a deux options. La première c´est de le cacher, le garder pour soi, le mettre à l´abri des convoitises, personne ne sait qu´il existe, c´est bien à vous pour toujours. L´autre option c´est de le montrer, l´ouvrir à toutes les convoitises, aux jalousies, aux critiques, avec tous les risques que cela comporte. Voilà, vous êtes dans cette situation, choisir entre ces deux options ». Nous avons choisi la seconde option.

A partir de là plusieurs articles ont été publiés dans des journaux et revues locaux et nationaux, puis des reportages pour la télé et la radio. Plusieurs sites et médias dirigés à la communauté juive du Brésil ont aussi diffusé la nouvelle. Il y a eu un certain tapage, l´ambassadeur d´Israël est venu voir le miqwé, puis quelques historiens nous ont contacté.

Miqwe apres restauration

Question – Que peut-on conclure de ces recherches ?

Les récents résultats archéologiques, même si finalement ils nous compliquent plus les recherches qu´ils ne les éclaircissent, nous obligent à une réflexion, nous sommes à une étape cruciale pour la suite. Doit-on réellement approfondir, doit-on s´en tenir à ce que nous avons en main ? J´avoue que nous n´avons pas encore décidé. Très personnellement je pense que nous n´arriverons pas à une vraie conclusion car le doute subsistera toujours. Jamais nous ne trouverons une trace indiscustable, ou un document d´époque qui permettrait d´attester l´existence de ce miqwé. Ces preuves n´existent tout simplement pas.

Pour conclure, je reprendrais les commentaires du dernier rabbin ayant visité le miqwé, un orthodoxe cette fois. Voici ce qu´il en dit :

« Pourquoi s´obstiner à prouver que c´est un miqwé ? Puisque nous savons qu´il est 100% conforme aux lois du judaïsme, c´est qu´il y a forcément quelque part une touche judaïque,peu importe qu´il soit vrai ou non. Ce qui importe c´est toute cette histoire autour des juifs convertis qui a été soulevée par cette découverte, le miqwé, même si c´est une copie ou le fruit d´un syncrétisme religieux, ne fait qu´illustrer et confirmer la présence d´un judaïsme clandestin très actif, et au fond ça c´est plus important que la véracité du miqwé ».

 

3 Comments

  • Marc Anderson dit :

    Incroyable cette découverte ! Bravo pour l’article et votre blog, passionant. C’est très rare de tomber sur des blogs traitant du Brésil sous un autre angle que la samba, le foot, la plage, les favelas… bonne continuation.

    • rocha sousa dit :

      salut!

      Juste pour dire que rien de tout cela ne m’étonne! ne pas vouloir reconnaître ce fait qui semble si, évident, n’aurait d’autre réponse que d’être aveugle et têtu. Mais l’histoire les attrapera toujours, car elle a été la première ville pays jadis; Et rèbè de Salvador qui a eut le culot, de m’écrire en me disant « que non, qu’il n’a jamais eu des juifs au à Salvador » Je suis jeune mais pas C…ne Je suis née de qui alors?
      merciiiiiii

  • Biseul dit :

    Très belle histoire que je connaissais déjà mais que j’ai eu plaisir à retrouver et à découvrir encore certains détails. Cette histoire est passionnante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *