Bois de rose, de la gadoue sur les tongues au parfum des stars

Le monde entier connait le bois de rose, surtout depuis les années 1920, quand Madame Coco Chanel lança son fameux n° 5. Depuis, tous les cous célèbres et chics de la planète s´en sont parés. Mais connait-on vraiment l´arbrequi fourni ce bois  à l´essence exceptionnelle ?Et plus encore la rudesse de son exploitation en pleine forêt amazonienne ?

Car le bois de rose (Aniba rosaeodora),est originaire de l´Amazonie. On ne le trouve plus aujourd´hui que dans l´Amazonie brésilienne, mais  il existait autrefois en Guyanne, où sa coupe effrenée l´afait disparaitre de la région. Le Brésil est donc, depuis les années1960, le seul producteur mondial et même si sa coupe est réglementée depuis la fin des années 1980 (et inscrit en 2010 à l´annexe II des espèces menacées par la CITES) on estime que deux millions d´arbres ont été abattus au Brésil depuis 50 ans.

C´est que le bois de rose n´est pas cultivé, même si depuis quelques années des plantations expérimentales sont installées en Amazonie brésilienne. L´arbre est sauvage, il pousse au plus profond de la forêt, généralement isolé à raison d´un seul arbre pour six hectares en moyenne. Il faut donc aller le chercher très loin en forêt.

L´arbre peut atteindre 30 mètres de haut, enfin, quand on lui en laisse le temps. Et tout cela à cause d´un parfum ! Pauvre madame Chanel, se doutait-elle des menaces d´extinction qui pèseraient un jour sur ce bois ? Sans doute pas, car à l´époque l´Amazonie et ses richesses semblaient infinies. Ce qui est certain, c´est que l´huile qui est extraite du bois de rose est bien le principal composant de ce parfum.

Ce qui interpelle en tout cas dans l´exploitation de ce bois très précieux,c´est le décalage entre l´extraction du bois et le produit final.L´infiniment boueux, lourd et dangereux pour l´infiniment chic, léger et sophistiqué.

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C´est que le poid du travail que représente la recherche, la coupe et le transport de ce bois est à peine imaginable. Je me mets alors à penser, oserons-nous un jour coller derrière les flacons de Chanel n° 5, comme on le fait derrière les paquets de cigarettes, l´image des hommes de l´Amazonie, les Caboclos, s´enfonçant dans la forêt, tout juste chaussés de vieilles tongues, couverts de boue et dévorés par les insectes. Ils y séjournentdes semaines, parfois des mois, abattant des arbres, qu´ils débitent en billots d´une centaine de kilos. Ces lourds morceaux d´arbres sont ensuite acheminés jusqu´aux rivières les plus proches. C´est par les rivières que les billots de bois sont transportés jusqu´à la distillerie. Pour avoir beaucoup séjourné en forêt amazonienne, j´assure que transporter un morceau de tronc d´arbre de 100 kg sur les sentiers boueux qu´il faut se frayer dans la végétation tropicale, doit à peu près correspondre à ce qu´endurait un esclave qui construisait les pyramides dans l´Egypte antique.La seule différence c´est que le bucheron de l´Amazonie ne reçoit pas de coups de fouets (quoique) mais entre 3 et 4 dollars par jour, pour les mieux lotis. Le seul moyen de résister dans de telles conditions, c´est de se doper au guaraná (un tonifiant local), beaucoup de guaraná !

L´huile du bois de rose, quant à elle, est obtenue dans les distilleries de l´Amazonie, elle est vendue autour de 100,00 dollars le litre auprès des négociants, et ensuite trois fois plus sur le marché international.

Une touche d´optimisme tout de même dans l´aventure du bois de rose. D´une part de nouvelles techniques de taille des arbres, permettant leur repousse, et d´extraction de l´huile, en utilisant les feuilles, sont à l´étude et donnent de bons résultats. D´autre part, il existe déjà des substituts artificiels à l´huile, en tout cas pour des produits moins délicats que le parfum. Ne rêvons plus, un Chanel n° 5 écologiquement et socialement équitable est à portée de main !

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