La Literatura de Cordel

Literatura de cordel
Literatura de cordel

C’est en plein dix-neuvième siècle, dans le nordeste, qu’apparait au Brésil une littérature de colportage. Éditée sous forme de petits cahiers, elle est exposée et vendue sur des cordes, comme du linge qui sèche. On l’appelera ainsi literatura de cordel (littérature de corde). Très vite cette forme d’expression se répand par les chemins accidentés qui traversent le Sertão (région aride du nordeste brésilien) pour rejoindre les villes plus importantes, comme Recife, ou Salvador de Bahia, l’ancienne capitale coloniale. C’est de ce lointain Sertão, aussi mythique qu’inhospitalier, que les nouvelles et histoires partent vers les grandes villes de la côte. Elles s’ouvrent ainsi sur un univers et un langage aussi exotique que fabuleux, mais aussi sur une réalité de misère et de souffrance.
Le « Cordel » brésilien est l’héritier d’une vieille tradition ibérique du colportage. Il s’inspire d’un contexte social bouillonnant, alimenté par le fantasme et l’exotisme d’une ruralité jusqu’ici méconnue. Le terme Cordel est créé pour nommer l’ensemble de ces « feuillets de foire », d’origine portugaise, qui comprennent de 8 à 64 pages, dans un format de 11cm x 16cm. Ils commencent alors à circuler dans le nordeste brésilien sous ce nom de Cordel.

Cette presse non conventionnelle, naïve et populaire, s’inspire de tous les thèmes, de tous les genres, du roman au conte, et de la légende à la nouvelle. Elle devient l’actualité des causes paysannes, des caprices de la nature, comme la sécheresse, ou au contraire les inondations, le banditisme, avec son cortège de violence, des aventures de ses héros et anti-héros, des mouvements messianiques et de leurs prophètes en haillons, du système féodal des seigneurs locaux, du bestiaire fantasmagorique, et des manifestations sociales. Tout est matière et tout devient noticia (nouvelle).
Le « Cordel » revisite l’histoire et rapporte les faits divers recueillis oralement , il les transpose sous forme de vers, pratiquant ainsi un véritable journalisme populaire. Le « journaliste » devient le narrateur de cet univers du Sertão, il est en charge de sa mémoire et de sa culture. Il est à la fois le témoin, le poète, le conteur et l’écrivain de son propre monde. Car il lui-même est Sertanejo (habitant du Sertão).
Cette littérature crue et haute en couleurs souffre actuellement des avancées technologiques et de la médiatisation. Mais, à la différences de ses ancêtres européens, elle a survécu au Brésil, captivant toujours d’irréductibles lecteurs.

Voici quelques titres et couvertures de Cordel récents :

De gauche à droite en haut :

« La bagarre internautique entre deux mecs hargneux »
« Blagues en vers de Cordel »
« Nouvelle encyclopédie des cocus »

De gauche à droite en dessous :

« Les aventures de Bin Laden au carnaval de bahia »
« La querelle virtuelle d’une femme vigoureuse et d’un mec soupçonneux »
« Le vampire amoureux »

Literatura de cordel

Il existe aujourd’hui une Académie Brésilienne de Literatura de Cordel, fondée en 1988, son but étant de préserver cette forme d’expression littéraire. Elle fonctionne aussi comme musée et se situe à Rio de Janeiro, dans le quartier de Santa Tereza.
Adresse :
ACADEMIA BRASILEIRA DE LITERATURA DE CORDEL
Rua Leopoldo Fróes n° 37 – Santa Tereza – Rio de Janeiro
Tous les jours de 9h00 à 19h00.

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