La région de Brasilia

Bien plus à l´est du Pantanal, dans cette même région du centre-ouest, se trouve la capitale et district fédéral du pays, Brasilia.
Ici bien sûr, plus question de sorties en pirogue et de caïmans, l´univers fait la part belle au béton. Mais pas n´importe lequel ! Il s´agit ici d´un béton non « armé », je veux dire non agressif. Car c´est au contraire la légèreté qui se dégage de l´ensemble, sans doute la finesse des édifices et les vastes espaces vides y sont pour quelque chose.

En tout cas Brasilia surprend toujours, qu´on aime ou qu´on  aime pas, on y est pas indifférent. Brasilia pertube, semble presque irréelle. Une capitale sortit de terre en quelques années, et au beau milieu d´un paysage de brousse, sur le plateau central du Brésil. Brasilia est donc à la fois le symbole et le défi d´une époque, celle de l´entrée du Brésil dans l´ère moderne.
Mais Brasilia n´est pas pour autant  la mégapole ultra moderne que l´on imagine. Elle a certes été futuriste, mais c´était en son temps. C´est donc un monument des années 50/60 que l´on visite aujourd´hui. En tout cas pour son plan pilote, c´est à dire la partie planifiée par l´urbaniste Lucio Costa et les édifices de l´architecte Oscar Niemeyer. Quand on aime pas le béton on souffre un peu à Brasilia, car Niemeyer considérait le béton comme un matériau noble, il le laissait à l´état brut. C´était sans doute intéressant à l´époque, mais le béton vieillit mal. Brasilia a donc un petit air de ville inachevée.
Cette capitale peut se visiter très rapidemment, en dormant une nuit sur place. Ceci dit Brasilia vaut la peine d´une visite. Les édifices (devenus monuments) sont truffés de symboles humanistes et spirituels, une mystique se dégage de l´ensemble et ça c´est assez déconcertant.
Mon expérience de Brasilia

La première fois je n´ y ai rien compris. Un compagnon de route avait une cousine habitant à Brasilia, elle était fiancée à un fils d´ambassadeur d´un pays voisin. C´est comme ça que je me suis retrouvé à Brasilia, hébergé dans une immense villa au bord d´un lac artificiel où sont installés les quartiers résidentiels. Un chauffeur avec une grande voiture climatisée m´avait fait découvrir la capitale… En deux heures nous en avions fait le tour. Pas un feu-rouge, pas de stop, de larges avenues pour de rares voitures. Un bonheur pour les automobilistes. J´avoue que pour cette première fois je m´y suis quelque peu ennuyé. La ville semblait inhabitée, elle me faisait penser à un de ces quartiers de banlieue d´une grande capitale, une ville dortoir où il ne se passe rien.
Bien des années après, j´y suis retourné pour des raisons professionnelles. Cette fois je bénéficiais des services d´un guide, qui par chance était formé en architecture. J´ai donc redécouvert cette ville planifiée où tout est sectorisé. L´idée de tout sectoriser m´a un peu dérangé au début. Mais finalement c´est pratique, quand on cherche un hôtel on va au secteur hôtelier, on ne perd pas de temps.
Monument par monument, secteur par secteur, le guide m´a aussi dévoilé la mysthique de cette ville, il m´a parlé des prophéties de Dom Bosco, d´un concept franc-maçon, puis de sa fondation en 1960.
J´avoue avoir eu beaucoup de mal à m´endormir ce soir là ; j´entendais encore les mots de mon guide : « Brasilia est une ville où l´on a enlevé le superflu, on y vit comme partout, on prend sa voiture le matin pour aller au bureau, puis on rentre à la maison en fin de journée. Les loisirs et les achats on les fait comme partout, mais comme on n´est pas sollicité on ne fait que ce dont on a besoin. Dans une autre capitale vous avez des tas de choses, des bars, des cinémas, des restos, des magasins, des expos, tout ça en profusion. Mais en réalité combien en consommez-vous par mois en pourcentage ? 1%, 5%, 10% ? Certainement pas plus que ça. Le reste ne vous donne que l´illusion que vous pouvez tout avoir, tout consommer, mais ce n´est qu´une illusion. A Brasilia on a gardé que le pourcentagequi suffit au bonheur et au bien-être des gens. On a pensé la ville de l´intérieur et pour l´intérieur, des édifices et des gens aussi. De l´extérieur les édifices sont petits, mais les locaux sont vastes à l´intérieur. On a voulu ça pour les gens aussi, qu´ils ne perdent pas leur temps à lêcher les vitrines ou à chercher quelque chose, mais qu´ils se retirent dans des espaces confortables, pour lire, pour retrouver leurs proches, pour méditer, et surtout pour penser ».

Mon guide était sans doute aussi un peu philosophe. Et comme j´aimais bien l´idée que, selon la prophétie de Dom Bosco, c´est ici que naîtraient les générations qui feront l´humanité du futur. Je me suis pris au jeu et je suis retourné bien des fois à Brasilia. J´y ai consommé mon pourcentage « utile » de restos, de cinémas, d´expos et de magasins, tout ça sans frustration aucune, puis sans avoir trop à chercher, sans perdre de temps et sans me stresser. Pas d´embouteillages, pas de problème de parking, pas de pollution (ni atmosphérique, ni visuelle). Je n´y vivrais pas, mais quelque chose me plait à Brasilia.

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